Cinéma

A l’enterrement de sa mère, l’artiste miniaturiste Annie Graham (Toni Collette) livre un éloge funèbre ambigu. C’est qu’elle ne sait pas vraiment si elle ressent de la tristesse suite à la disparition de cette femme manipulatrice avec laquelle elle avait renoué sur la fin. Jusqu’à emménager avec son mari Steve (Gabriel Byrne) et leurs deux enfants dans la belle et grande maison maternelle, reculée dans les bois. Celle qui semble la plus perturbée par ce décès, c’est Charlie (Milly Shapiro), petite fille sensible vivant dans sa bulle. Alors que les phénomènes bizarres se multiplient, c’est toute la famille Graham qui semble la proie à une forme d’hérédité du malheur, voire de l’horreur…

Auteur de plusieurs courts métrages remarqués, Ari Aster signe un premier long très ambitieux, qui a créé le buzz au dernier festival de Sundance et qui cartonne au box-office américain depuis sa sortie. Comme dans son premier court métrage controversé "The Strange Thing About the Johnsons" en 2011, le cinéaste dissèque ici les névroses d’une famille américaine. S’il n’est pas question ici d’inceste, le thème est aussi celui de l’emprise des parents sur leurs enfants. Tandis qu’Aster choisit à nouveau le fantastique comme porte d’entrée pour explorer ce thème intime.


Ce faisant, le jeune cinéaste renouvelle un genre qui ronronne depuis une dizaine d’années. Comment ? En choisissant de prendre le genre très au sérieux, pour aborder des vraies questions. Comme c’était déjà le cas pour le racisme dans "Get Out" de Jordan Peele. Surtout, en choisissant d’aborder le fantastique de façon naturaliste, en le débarrassant des codes esthétiques habituels, Aster crée un climat d’angoisse très oppressant pour le spectateur - le marketing du film va jusqu’à évoquer des mesures de sécurité dans les salles… Le jeune cinéaste américain renoue ainsi avec une forme de terreur familiale mise en œuvre par Kubrick dans "The Shining".

Si Ari Aster n’a évidemment pas la maestria de son aîné dans sa mise en scène, il livre une première heure très tenue, notamment grâce à son excellent casting (avec une Toni Collette sans cesse au bord de sombrer dans la folie et un Gabriel Byrne tentant de garder les pieds sur terre). Malheureusement, dès qu’il quitte l’aura de mystère pour expliquer le malheur qui s’abat sur les Graham, Aster délaisse le métaphorique au profit d’un final surexplicatif qui vire au grand guignol. Dommage car, durant toute la première partie d’"Hereditary", il aura su maintenir un climat de terreur comme on n’en a plus vu depuis longtemps au grand écran… Hubert Heyrendt

Scénario & réalisation : Ari Aster. Photographie : Pawel Pogorzelski. Musique. : Colin Stetson. Montage : Lucian Johnston&Jennifer Lame. Avec Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro… 2 h 06.

© IPM