Cinéma

Jan Kubis et Joseph Gabcik. Avec son livre fameux "HHhH", Laurent Binet a sorti ces deux résistants tchèques de l’oubli. Ils méritent de voir leur notoriété s’accroître avec cette adaptation au cinéma. Par ailleurs, des spectateurs souhaiteront peut-être découvrir le manuscrit originel dont le film est tiré. Ce sont bien les deux seules raisons de découvrir ce film de Cédric Jimenez.

HHhH, c’est Reinhard Heydrich, celui qu’Hitler appelait "l’homme au cœur de fer". Comment a-t-il mérité ce surnom ?

Le film entame le portrait d’un officier violent que la fille d’un riche aristocrate pousse dans les bras du parti nazi. Ce protégé d’Himmler va y connaître une progression fulgurante, son combat n’est pas de conquérir des territoires mais d’y faire disparaître massivement les juifs. A la conférence de Wansee, il propose d’ailleurs de passer au stade industriel en transformant les camps de concentration en usines de mort.

En poste à Prague, il sera victime d’un attentat en 1942. A ce moment, le film repart en flash-back pour reconstituer la mise au point de cette opération menée par la résistance.

Au final, on n’assiste pas à un long métrage mais à deux moyens métrages, soit un biopic sur Heydrich et un thriller sur un haut fait de la résistance.

L’un et l’autre laissent un sentiment d’inabouti qui vire au dégoût.

Ainsi l’angle choisi pour aborder le dignitaire nazi est celui de wikipédia, chronologique. L’auteur semble vouloir interroger les rapports de l’art et l’horreur mais laisse vite tomber.

Quant à l’opération de commando, elle ne dépasse guère le stade de l’anecdote, s’interrogeant à peine sur l’étendue du prix à payer.

Ce qui préoccupe le réalisateur, c’est sa propre réalisation, l’opportunité de montrer son savoir-faire. "HHhH" est le film parfait pour comprendre la fameuse formule de Rivette "la morale est affaire de travelling". Jimenez ne prend jamais la mesure de son sujet, il ne se préoccupe que des effets de mise en scène jusqu’à l’écœurement.

Et le casting relève de cette même logique du "coup" avec sa multiplication des caméos d’acteurs français dans une production globalement anglo-saxonne où les Allemands ne parlent que l’anglais. Jimenez ne rend pas hommage à Jan Kubis, à Joseph Gabcik, aux habitants de Ludice; il les assassine une deuxième fois.


© IPM
Réalisation : Cédric Jimenez. Scénario : David Farr, Audrey Diwan, Cédric Jimenez d’après l’œuvre de Laurent Binet. Avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell… 2h00