Cinéma

En cet été à l’enseigne du football, revenons sur les différentes représentations de ce sport.

Neuf février 2005, l’Iran rencontre le Bahrein en match qualificatif pour la Coupe du monde 2006. A Téhéran, c’est l’effervescence. Des milliers de supporters se massent dans des cars pour rejoindre le stade Azadi. Parmi eux, se sont glissées quelques jeunes filles, interdites de stade par le régime islamiste, de peur qu’elles côtoient des hommes inconnus et potentiellement grossiers.

Casquettes sur la tête, longues chemises, couleurs de l’Iran tatouées sur les joues, quelques gamines se sont déguisées en hommes pour tenter d’assister à la rencontre. Celles qui se font démasquer se retrouvent parquées dans un enclos situé tout en haut du stade, placées sous la garde de jeunes hommes exécutant leur service militaire. Des deux côtés de la barrière, garçons et filles rêvent de voir le match. Mais ils sont condamnés à n’entendre que les cris et les applaudissements d’un public fervent, uni derrière son équipe nationale.

En 2006, l’Iranien Jafar Panahi décrochait le Grand Prix du jury à Berlin avec cette fable absurde et féministe inspirée d’une anecdote personnelle, sa fille ayant été elle-même refoulée à l’entrée d’un match de foot. Si le sujet peut sembler léger, "Hors jeu" est un film merveilleux qui, en 90 minutes (la durée d’un match), nous en apprend beaucoup sur la société iranienne.

Relégué hors champ, le football est en effet ici le prétexte à une critique, très drôle - la scène dans les toilettes par exemple est désopilante - mais radicale de l’hypocrisie des autorités iraniennes. Derrière sa mise en scène simple - le film n’a coûté que 2 200 euros… -, "Hors jeu" multiplie les dialogues ciselés et les scènes absurdes pour combattre par le rire un régime brutal et machiste. Car si l’on sort du film avec le sourire, c’est bien grâce à l’optimisme militant et à l’humanisme bouleversant de Panahi.

Les autorités iraniennes ne s’y sont d’ailleurs pas trompées, interdisant la sortie de "Hors jeu". Tourné en partie clandestinement durant le véritable match Iran-Bahrein avec des acteurs non professionnels (et notamment des jeunes filles au sacré tempérament), ce film marque le début des vrais ennuis de Panahi, qui sera par la suite condamné à une assignation à résidence et à une interdiction de tourner, qu’il n’a jamais respectée. Présenté à Cannes en mai dernier, son prochain film "3 Faces" sort d’ailleurs sur nos écrans le 8 août prochain.

En une dizaine d’années - grâce à l’énorme succès du film, diffusé sous le manteau en DVD pirates ? -, la société iranienne a quand même évolué sur la question. Le 20 juin dernier, pour la première fois depuis 1981, des Iraniennes ont ainsi pu entrer dans un stade pour assister, sur écran géant, à la rencontre Iran-Espagne à la Coupe du monde, retransmise en direct de Russie…