Cinéma Un fils accompagne son vieux père pour un dernier voyage à Bénarès.

On dit des éléphants qu’ils pressentent leur fin et quittent le troupeau pour aller mourir seul. Daya sent lui aussi que sa fin est proche. Alors, un jour, autour de la table familiale, il annonce son départ pour Bénarès. Il veut en effet s’éteindre dans la ville sainte, au bord du Gange, pour trouver le salut de son âme, en vue de sa prochaine réincarnation. Sauf que le vieil homme n’est pas du genre à vouloir mourir seul. Il insiste donc pour que son fils Rajiv l’accompagne. Surchargé de boulot, celui-ci finit par accepter, contre l’avis de sa femme. A Bénarès, les deux hommes trouvent une petite pension au bord du fleuve, "L’hôtel du salut", où l’on ne peut réserver une chambre que pour 15 jours. Cela semble un peu court pour Daya, plutôt en forme pour son âge…

A 26 ans, Shubhashish Bhutiani signe un premier long métrage étonnant, qui n’utilise aucun des codes classiques de Bollywood. Comme une sorte de réponse indienne au succès d’"Indian Palace" de John Madden - le titre international "Hotel Salvation" est en effet calqué sur ce Marigold Hotel où de vieux Anglais décidaient de venir finir leurs jours en Inde.

Improbable aventure funèbre

Certes, le jeune cinéaste surjoue l’antagonisme entre ses deux personnages, utilisant à l’envi le ressort du fils agacé par les caprices de son vieux père, qui se découvre un soudain sentiment religieux. Sous ses dehors comiques de satire d’une modernité prenant le pas sur les croyances traditionnelles, "Hotel Salvation" met pourtant très joliment en scène le chemin vers l’acceptation de la mort. Un trajet spirituel filmé par moments de façon quasi anthropologique ou documentaire (avec une image parfois très brute), quand il s’agit par exemple de décrire les préparatifs du rite funéraire, l’achat du bois pour le bûcher au bord du Gange…

En cela, Bhutiani signe un film profondément empreint de spiritualité hindouiste. "Hotel Salvation" conte en effet le chemin vers la libération. Lequel concerne évidemment ce vieux monsieur qui sent son heure arrivée, mais aussi son fils qui, dans ce dernier voyage aux côtés de son père, va apprendre à se libérer de sa dépendance aux stigmates de la modernité (travail, portable…), mais aussi de sa colère, de son ressentiment.

Dans le rôle de ce père et ce fils en quête de paix, on retrouve deux excellents comédiens : Lalit Behl (acteur et réalisateur indien respecté) et Adil Hussain (découvert en 2012 dans "L’Odysée de Pi"). Que ce soit dans les scènes de comédie ou les moments plus tendres, tous deux parviennent à nous emporter dans leur improbable aventure funèbre.

Réalisation : Shubhashish Bhutiani. Scénario : Shubhashish Bhutiani&Asad Hussain. Photographie : Michael McSweeney David Huwiler. Musique : Tajdar Junaid. Montage : Manas Mittal. Avec Lalit Behl, Adil Hussain, Geetanjali Kulkarni, Palomi Ghosh… 1 h 42.

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