"I, Tonya": Du mauvais côté de la patinoire

H. H. Publié le - Mis à jour le

Cinéma Un biopic étonnant de la patineuse Tonya Harding, rivale de Nancy Kerrigan.

En 1994, l’image avait fait le tour du monde. Derrière les sourires figés et la grâce des corps virevoltant sur la glace, on découvrait la terrible rivalité qui opposait deux patineuses au sommet de leur gloire : Tonya Harding, la blonde un peu kitsch, et Nancy Kerrigan, la princesse brune. A quelques mois des Jeux olympiques de Lillehammer, Kerrigan est sauvagement agressée à Detroit, lors d’une séance d’entraînement; un homme lui a brisé le genou. Le FBI aura tôt fait de remonter la piste jusqu’à des proches de sa rivale, Tonya Harding, première patineuse artistique américaine à avoir réussi un triple axel en 1991.

C’est cet "incident" que retrace, ou plutôt dissèque, "I, Tonya". Signé par l’Australien Craig Gillespie (découvert en 2007 avec l’excellent "Lars and the Real Girl"), le film appartient à ce nouveau genre de biopics dont raffole Hollywood depuis quelques années, qui s’intéressent non pas à des figures positives mais négatives. On a vu ainsi récemment "The Founder" avec Michael Keaton dans le rôle du fondateur de l’empire du McDo, "Gold" avec Matthew McConaughey dans la peau d’un chercheur d’or arnaqueur ou encore "Amercican Made" avec Tom Cruise en pilote espion de la CIA et trafiquant de cocaïne pour les cartels colombiens. Avec à chaque fois à la clé un "rôle à oscar" pour l’acteur principal…

"I, Tonya" n’échappe pas à la règle puisque Margot Robbie vient de décrocher sa première nomination à l’oscar de la meilleure actrice. Découverte dans "Le Loup de Wall Street" de Scorsese, la jeune Australienne est, de fait, assez épatante dans le rôle de Tonya Harding, dont on découvre ici le parcours difficile. Elevée par une mère alcoolique et méprisante (excellente Allison Janney) qui l’a poussée à devenir une championne, battue par un mari violent (Sebastian Stan) : rien n’a été épargné à la jeune femme. Ni même, et surtout, le mépris de la fédération américaine de patinage. Laquelle estimait qu’aussi douée fût-elle, cette gamine des bas-fonds White Trash de Portland faisait un peu tache sur la photo de famille de l’équipe olympique…

Les scénaristes ne manquent pas d’imagination pour détourner la sempiternelle mention : "Basé sur une histoire vraie". Ils ajoutent ici : "d’après des témoignages totalement contradictoires". Et c’est bien ce qui fait tout le sel de ce biopic new style, qui choisit en effet de faire cohabiter ces incohérences de façon souvent maligne dans la mise en scène et le montage…

Car la "vérité" sur l’affaire Harding-Kerrigan n’a finalement que peu d’importance. La vérité, c’est que, issue de la misère sociale, Tonya Harding n’a jamais pu en sortir. La faute à la société américaine évidemment, mais aussi à son entourage de bras cassés, de minables violents et alcooliques, voire totalement mythomanes. Comme le garde du corps d’Harding, le "cerveau" de cette agression stupide et inutile, qui volera sa carrière et la possibilité de s’en sortir à une jeune femme mal née.

© D.R.

H. H.

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