Cinéma

Souvenez-vous. Années 1990 : le "cinéma belge" est sous le feu des projecteurs. Jaco Van Dormael (avec "Toto le héros", "Le huitième jour"…) et les frères Dardenne ("Rosetta") ont déjà fait chavirer la Croisette. Quant à Benoît Poelvoorde et Emilie Dequenne, ils sont en train de crever les écrans. Tout va pour le mieux !

Vraiment ? En fait, non… Ou pas exactement. Ces nouvelles "stars" du cinéma francophone belge, aussi talentueuses soient-elles, dissimulent un décor nettement moins reluisant. La très grosse majorité des acteurs de la filière - producteurs, réalisateurs, comédiens, techniciens, etc. - tire le diable par la queue. Les moyens financiers manquent cruellement pour bâtir une industrie du cinéma solide et durable.

C’est au départ de ce constat qu’au début des années 2000, le gouvernement wallon décida, à l’initiative du ministre de l’Economie, Serge Kubla, d’apporter sa pierre à un édifice soutenu financièrement par la seule Communauté française. Le 1er février 2001, Philippe Reynaert, le célèbre cinéphile aux lunettes blanches, débarquait à la tête d’un nouvel outil économique dédié à l’image : Wallimage. Basé à Mons et doté d’un budget initial de 10 millions d’euros sur trois ans, Wallimage est alors chargé de structurer et ancrer une filière audiovisuelle dans le sud du pays. Rien que ça ! La mécanique, déjà éprouvée à l’étranger, est simple : moyennant le respect strict de critères économiques (dont un pourcentage de dépenses effectuées en Wallonie), Wallimage finance non seulement des productions audiovisuelles (longs métrages, séries d’animation, documentaires, etc.), mais vient aussi en aide à des sociétés actives dans le secteur (production, son, effets spéciaux, etc.).

Si, dans un premier temps, Wallimage parvient surtout à attirer des tournages de films français en Wallonie, l’effet "structurant" des aides se fait progressivement ressentir. La courbe des investissements et des retombées économiques prend de plus en plus de hauteur. De nouvelles sociétés de services voient le jour. Tout un écosystème de l’image, comme l’on dit de nos jours, sort de terre.

Quinze ans plus tard, Wallimage a fortement grandi. Le budget annuel alloué par le ministre Jean-Claude Marcourt s’élève à 5,5 millions d’euros; Philippe Reynaert gère une équipe de neuf personnes. Wallimage a aussi diversifié ses domaines d’intervention et aidé la Région bruxelloise à créer son propre fonds.

En 15 chiffres, voici la belle histoire inachevée de Wallimage.


1 Million pour la création

En 2015, Wallimage CrossMedia s’est effacé au profit de Wallimage Creative, une ligne d’investissement dédiée aux nouvelles écritures numériques.


2 Millions en CrossMedia

En 2011, Wallimage a ouvert une ligne Wallimage CrossMedia. Près de 30 longs métrages et séries ont ainsi bénéficié d’environ 2 millions d’euros pour mener à bien leur “cross marketing” numérique.


3 millions pour le numérique

Wallimage Creative s’est récemment ouvert aux agences numériques (Tapptic, Me Movie, Contentinuum, Fishing Cactus…). Quinze sociétés ont déjà été soutenues pour un montant global de 3 millions d’euros.


9 Champions

Neuf sociétés de production, dont sept wallonnes et deux bruxelloises, se situent au-dessus de la barre des 2 millions d’euros apporté en coproduction par Wallimage.
Elles cumulent un investissement public sur quinze ans de 41,1 millions d’euros.


23 Millions à Liège

Les 11 producteurs liégeois cumulent 36 % des investissements de Wallimage depuis 2001. Suivent Bruxelles (31 %) et le Brabant wallon (22,5 %).


29 Prestataires de services

Vingt et une sociétés liées au monde du cinéma ont bénéficié de 5 millions d’euros de Wallimage Entreprises. Huit sociétés actives dans le secteur audiovisuel ont bénéficié de 2,8 millions (dont plus de 1 million pour le seul Pôle Image de Liège).


44 Sociétés soutenues

Depuis sa création mi-2008, Wallimage Entreprises s’est investie, sous forme de prise de capital ou de prêt subordonné, dans 44 sociétés pour un montant total de 10,8 millions d’euros.


51 % Projets belges

Sur les 282 dossiers acceptés par Wallimage Coproductions, 143 sont des projets d’initiative belge (51 %) pour 116 d’initiative française (41 %) et 23 (8 %) d’initiatives diverses.


60,65 Millions d’euros

C’est le montant total engagé en coproductions sur les 282 projets acceptés depuis 2001.


73 Producteurs soutenus

Vingt-huit sociétés de production ayant bénéficié du soutien de Wallimage sont fiscalement basées en Wallonie, 39 à Bruxelles et 6 en Flandre (9 %).


200 Millions d’euros injectés

Wallimage évalue à 350 % le ratio entre ses aides et les dépenses structurant le secteur audiovisuel wallon. Si on applique ce ratio aux 282 projets retenus, les retombées audiovisuelles générées en Wallonie par les quinze premières années du mécanisme Wallimage vont dépasser les 200 millions d’euros !


217 Longs métrages

Sur les 282 dossiers acceptés, on recense 217 longs métrages de fiction. Le solde se partage entre 40 films d’animation (18 longs, 22 séries), 16 documentaires et 10 fictions télé.


237 Productions en français

237 des 282 projets soutenus par Wallimage ont le français pour langue originale. Les autres se répartissent entre néerlandais, anglais, italien et luxembourgeois.


282 Dossiers acceptés

Entre mars 2001 (date de la première session d’investissement) et décembre 2015, Wallimage Coproductions a décidé de soutenir 282 projets audiovisuels.


215. 000 Euros par projet

En moyenne, Wallimage Coproductions attribue 215 000 euros par projet. L’engagement du fonds wallon peut s’élever jusqu’à un maximum de 500 000 euros par projet.


2002: "Jeux d'enfants"

“Un premier film qui met en vedettes deux jeunes comédiens qui se croisent pour la première fois ! Il a fallu toute l’habileté des producteurs, Christophe Rossignon et Patrick Quinet, pour construire un dossier convaincant. Ils l’ont fait et c’est ainsi que Yann Samuel s’en est venu tourner dans les rues de Liège la première rencontre entre Guillaume Canet et Marion Cotillard.”


2006: "Nue propriété"

“Le danger quand on possède un arbre géant dans la forêt d’une cinématographie nationale, c’est qu’il éclipse les jeunes pousses. Alors, que dire quand on en a deux comme Luc et Jean-Pierre Dardenne ? Le miracle wallon, c’est que les “frères”, loin d’empêcher qui que ce soit de se développer, agissent comme des catalyseurs.
Après l’éclosion de Bouli Lanners, à Venise, nous allions assister avec “Nue Propriété” à la naissance à l’écran de Joachim Lafosse !”


2013: "Astérix et le domaine des Dieux"

“On peut dire que Léon Pérahia s’est battu pour que Belvision, la plus ancienne des maisons de production belges, celle qui produisait déjà les dessins animés de Tintin
dans les années 70, puisse associer son savoir-faire à celui de Mikros France. Cette coproduction, il est allé la chercher avec les dents et… beaucoup de tax shelter !
C’est ainsi que DreamWall à Marcinelle et Nozon au Pôle image de Liège ont été associés à la fabrication, ô combien minutieuse, du dessin animé le mieux financé de toute l’histoire du cinéma d’animation européen. Un film étape pour notre ligne d’investissement consacrée spécifiquement à l’image animée depuis 2009.”


2016: "Les visiteurs 3"

“Okaaaay ! Les Visiteurs débarquent à Namur et à Liège ! C’est la Révolution en Wallonie ! A un moment où l’establishment français semble vouloir fermer ses frontières et renoncer aux coproductions qui sont le seul espoir du cinéma européen, il est presque amusant de voir Godefroy de Papincourt, comte de Montmirail et sa fripouille de Jacquouille venir traîner leurs guêtres sur la place Saint-Aubain. Le crédit d’impôt, mais qu’est-ce que c’est qu’ce binz ?”