Cinéma Fatih Akin livre un thriller sur fond de terrorisme intérieur.

Voilà un film dans l’air anxiogène, sécuritaire, haineux du temps. Une femme passe prendre son mari et son fils au bureau. La rue est barrée pour cause d’explosion, on dénombre beaucoup de blessés et deux morts, un homme et un enfant déchiquetés et carbonisés, Nuri, son homme, et leur petit Rocco.

Attentat crapuleux ? L’homme a fait de la prison pour trafic de drogue. Attentat politique ? Il est d’origine turque mais quelle tendance : Kurde, pro-Erdogan, pro-Gulem ? Attentat raciste ? La bombe a été déposée dans un quartier fortement métissé d’Hambourg.

La police privilégie les deux premières pistes, la troisième s’avère être la bonne. Fin du premier acte passionnant d’un triptyque en prise avec l’actualité terroriste. Ou plutôt, éclairant son ombre. Obsédés par le fanatisme islamique, la police et les médias ne se préoccupent pas de ces réseaux nazis qui se reforment à l’abri des partis populistes, nationalistes.

Le premier mérite du film est de montrer la bête nazie, tapie dans l’ombre, qui attend son heure avec de plus en plus d’impatience.

Le deuxième mérite est de révéler qu’un mariage entre une Allemande pure blonde et un Turc pur deuxième génération, qu’un mariage mixte donc, exige d’autant plus d’amour qu’il repose sur un socle familial précaire. Quelques heures après le drame, les beaux-parents se déchirent, chacun rejetant la responsabilité du malheur sur l’autre communauté. Laissant la veuve complètement esseulée.

Le troisième mérite est d’offrir à Diane Kruger un rôle qu’elle a su saisir pour en faire celui de sa vie, celui qui lui a déjà valu un prix d’interprétation à Cannes. Certes, c’est une comédienne appréciée, mais ce film - qui est aussi sa première production allemande - donne la pleine mesure de sa palette, bien plus étendue qu’on ne l’imaginait. D’ailleurs, la qualité de sa performance sauve ce film car, malheureusement, il n’a pas que des mérites.

"Gegen die Wand" (Head on), "De l’autre côté" ont révélé Fatih Akin pour la puissance créatrice de sa mise en scène mais aussi pour son regard sans concessions sur la communauté turque installée en Allemagne.

Dès lors, "In the Fade" surprend par son recours aux épaisses ficelles scénaristiques et à un typecasting grossier donnant au film une allure manichéenne et caricaturale. On imaginait plutôt que cet attentat - inspiré de faits réels - servirait à explorer, en profondeur, de l’intérieur, le ressentiment de la communauté turque plongée dans le climat islamophobe actuel.

D’ailleurs, cette impression est immédiatement confirmée par le choix des pistes privilégiées par la police. Mais elle est rapidement infirmée lorsque le récit se concentre sur le personnage de Diane Kruger qui décide de se faire justice elle-même - comme Charles Bronson - puisque la société refuse de le faire au terme d’un procès ridicule.

On ne dévoilera pas la fin de ce thriller d’exploitation sur toile de fond politique, mais sa conclusion laisse perplexe en mettant les parties dos à dos.


© IPM
Réalisation : Fatih Akın. Scénario : Fatih Akın, Hark Bohm. Avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar, Ulrich Tukur… 1h46.