Cinéma

Javier Bardem, 41 ans, est l’un de ces acteurs que même les plus virulents critiques de cinéma ne s’aventurent pas à dénigrer. En plus de 20 ans de carrière, et une trentaine de films, l’homme s’est bâti une réputation de professionnel irréprochable.

Il remplit une case trop souvent mal occupée dans le paysage hollywoodien : celui de l’acteur viril, macho, presque bestial. Ancien rugbyman dans l’équipe nationale junior espagnole, c’est ce physique qui a pourtant failli condamner sa carrière, lorsqu’à ses débuts, il enchaîne les rôles uniformes de séducteur au sang chaud ("Jamon Jamon", "Macho",). Très vite, toutefois, il saura se détacher de cette étiquette peu valorisante.

Car Javier Angel Encinas Bardem, de son vrai nom, n’est pas qu’une gueule. C’est un artiste, un vrai. De ceux qui ne se reconnaîtront jamais comme tels.

Le cinéma est une histoire de famille chez les Bardem, et c’est toujours dans cette optique que Javier gère sa carrière. Ses grands-parents étaient acteurs, tout comme sa mère, Pilar Bardem, comédienne madrilène. Son frère Carlos et sa sœur Monica sont également acteurs. Très tôt, il joue dans des séries et des téléfilms espagnols, sans pour autant imaginer la tournure que prendrait un jour sa carrière.

Sa force, c’est son attachement à ses racines. Malgré l’appel des sirènes d’Hollywood, l’acteur vit toujours à Madrid. Il ne manque jamais une occasion de rappeler ce qu’il doit au cinéma espagnol, et la fierté qu’il éprouve à en être l’un des représentants outre-Atlantique. Il a longtemps privilégié les cinéastes ibériques. Almodovar et Bigas Luna l’ont fait connaître, avant qu’il ne mette à son tour sa notoriété à contribution pour soutenir d’autres réalisateurs, dont Manuel Gomez Pereira ("Bouche à bouche") et Alejandro Amenabar ("Mar adentro"). Côté américain, il tourne dans le premier film de John Malkovich ("Dancer Upstairs") et pour Michael Mann ("Collateral"), Woody Allen ("Vicky Christina Barcelona") ou Julian Schnabel ("Before the night").

Mais c’est devant la caméra des frères Coen qu’il se révélera réellement au grand public. En 2008, il remporte l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour "No country for old men".

Cette année, c’est à l’Oscar du meilleur acteur qu’il prétend, grâce à son rôle dans "Biutiful", d’Alejandro Gonzalez Iñárritu. L’acteur s’est dit "très honoré, notamment parce que le film est tourné dans sa langue natale. Parlons-en, de "Biutiful" ". Depuis sa sortie en salle aux Etats-Unis et en France, notamment, le film n’a pas que des partisans, mais la prestation de Javier fait, elle, l’unanimité.

Ce n’est pas tant l’acteur qui a choisi le cinéaste que l’inverse. Le rôle-titre du film, celui d’Uxbal, Iñárritu l’a confectionné sur mesure pour Bardem. Pas un rôle de composition, non, les traits psychologiques du personnage n’ont rien à voir avec les siens. Mais une occasion rêvée pour l’acteur de démontrer l’étendue de son talent, tant il se fond dans ce caractère noir et complexe. Javier Bardem a déclaré avoir souffert pendant le tournage. Il lui était douloureux de se débarrasser de l’enveloppe d’Uxbal pour se retrouver lui-même, tant le rôle est intense. Il déclarait alors : "C’est comme lorsque vous allez à une soirée déguisée. Après 12 heures dans le même déguisement, il y a un moment où vous finirez par vous prendre pour une banane, si c’est votre costume."

Une banane ou, en l’occurrence, un père célibataire, marchand de travail, un brin médium, dans un quartier crasseux de Barcelone. Ce rôle poignant lui a déjà valu le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 2010. Bardem ne se repose pas pour autant sur ses lauriers. "Il y a toujours cette crainte, tenace, de voir tout s’arrêter du jour au lendemain, de ne plus pouvoir vivre de ce métier", dit-il. Pas d’inquiétude de ce côté-là, l’acteur a su se rendre indispensable dans le paysage cinématographique actuel.

Il est annoncé au casting du prochain film de Terrence Malick, ainsi que dans "Potsdamer Platz", de Tony Scott ("Ennemi d’Etat", "Spy game" ), où il jouera les gros bras aux côtés de Mickey Rourke et Jason Statham.