Cinéma Les frères Foenkinos transforment Karin Viard en jalouse maladive.

Ce soir-là, la fête est belle. Nathalie (Karin Viard) a préparé un bel anniversaire "surprise" pour les 18 ans de sa fille Mathilde (Dara Tombroff), jeune espoir de la danse qui bosse son concours d’entrée dans le corps de ballet de l’opéra de Paris. Tout le monde est là, même son père, qui a refait sa vie avec une femme plus jeune, avec qui il s’apprête à s’envoler pour les Seychelles. Et tout le monde n’a d’yeux que pour la gracieuse jeune fille. Ce qui finit par agacer sa mère qui, un peu bourrée en fin de soirée, confie à sa meilleure amie Sophie (Anne Dorval), à propos de Mathilde : "Faudrait pas qu’elle fume des joints; elle a déjà pas beaucoup de neurones…" De plus en plus irascible, Nathalie s’agace pour un rien, ne supporte pas sa nouvelle collègue (Anaïs Dumoustier) au lycée, où elle enseigne en khâgnes. Trop jeune, trop jolie, trop brillante. Bref, la jeune quinquagénaire fait une grosse déprime et se met à jalouser tout le monde autour d’elle. Même les êtres qui lui sont le plus chers.

Romancier à succès, David Foenkinos a été découvert avec son ouvrage "Le Potentiel érotique de ma femme" en 2004. Mais c’est avec "La délicatesse" qu’il devient un véritable phénomène d’édition. Ce roman, multi-primé, il décidera de l’adapter lui-même au cinéma deux ans plus tard avec Audrey Tautou et François Damiens, avec l’aide de son frère Stéphane Foenkinos, avec qui il avait déjà tourné un court métrage en 2006, "Une Histoire de Pieds". Le tandem se reforme mais cette fois autour d’un scénario original imaginé par les deux frangins.

On retrouve ici cette grande délicatesse dans l’étude des sentiments et de la psychologie d’une femme à la dérive, campée par une Karin Viard magistrale. L’actrice incarne avec beaucoup de naturel cette femme faussement forte, qui tente de sauver les apparences alors que la jalousie qui la ronge la pousse à agir, parfois contre son gré, de façon inconsidérée.

De la comédie, on bascule en effet petit à petit vers une forme de thriller psychologique. Mais rien n’est jamais appuyé, les frères Foenkinos optant toujours pour la retenue pour ne pas caricaturer leur personnage. De quoi leur permettre de traiter, sans avoir l’air d’y toucher, des sujets graves, voire tabous, comme la jalousie qu’une mère peut ressentir vis-à-vis de sa fille. Tandis qu’ils refusent tout cynisme, préférant la bienveillance et une forme de naïveté pour décrire cette héroïne pas comme les autres dans le cinéma français.


© IPM
Scénario&réalisation : David&Stéphane Foenkinos. Photographie : Guillaume Deffontaines. Musique : Paul-Marie Barbier et Julien Grunberg. Montage : Virginie Bruant. Avec Karin Viard, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Anaïs Demoustier, Dara Tombroff, Bruno Todeschini… 1h42.