Cinéma Certains appelleront cela pudiquement "'forcer les choses". Sauf que forcer une femme à avoir une relation sexuelle, c'est un viol. Même si cette femme est votre compagne.

Voilà la résumé de ce court-métrage de deux minutes intitulé "Je suis ordinaire". On y découvre deux jeunes gens, une femme et un homme à qui l'on donnerait une petite trentaine d'années. Après que le jeune homme ait proposé un film, refusé par madame, il montre ensuite son envie à sa compagne d'avoir une relation. Celle-ci refuse de façon assez explicite. "J'ai pas envie, je t'ai dit". Ce à quoi le jeune homme répond :"Qu'est-ce qui se passe ? Tu ne m'aimes plus c'est ça ?". Finalement, la relation aura quand même lieu.

"Faire ce film est devenu une nécessité pour moi après avoir eu une conversation avec une amie, au sujet d'un garçon avec qui elle avait passé la nuit quelques jours auparavant", raconte Chloé Fontaine, la jeune femme qui a écrit le scénario au Huffington Post. "Elle m'a dit: 'J'en avais pas envie non, mais alors pas du tout. Mais je voyais pas d'autre moyen pour qu'il me laisse tranquille alors...'" Alors la relation a eu lieu. 

Ce témoignage n'est pas le seul qui a poussé Chloé Fontaine à écrire ce court-métrage. Une autre de ses amis témoigne: "non je voulais pas, mais je sais pas si c'est un viol du coup ? Je pense pas quand même". "Et là je me suis dit qu'il y avait un problème, reprend Chloé Fontaine. J'ai commencé à faire des recherches sur internet. Je suis tombée sur des témoignages poignants de jeunes (ou moins jeunes) filles qui se posaient les mêmes questions."

Aucune prétention, juste de la réflexion

Il n'est pas question ici d'apporter la vérité ajoute la scénariste. "Je ne prétends pas leur apporter la vérité. Juste qu'elles voient, d'un point de vue extérieur. Et qu'elles puissent en juger. Ce film, je voulais le faire dans l'espoir d'aider quelques-unes de ces filles à y voir plus clair. Quelques-uns de ces garçons à réfléchir sur leurs actes passés, influer sur leurs actes futurs."

Chloé Fontaine conclut en déconstruisant en mythe. "Le viol est quelque chose de plus courant que l'on ne croit. Ça n'arrive pas que dans les ruelles sombres, la nuit, lorsque l'on marche toute seule parce qu'on a raté le dernier métro pour rentrer chez soi. Attention, je ne dis pas que ça n'arrive pas. Je dis que c'est un pourcentage minime sur la globalité des viols commis en France."

Le récit mis en scène dans la vidéo est en tout cas confirmée par des chiffres. Amnesty international Belgique disait en 2014 que 24,9% des femmes se sont fait (ou se font) imposer des relations sexuelles forcées par leur partenaire. "Si rien ne vous choque, ajoute Chloé Fontaine, c'est que vous êtes l'un d'eux."