Cinéma Cinematek expose 550 photos signées JMV. C'est l'album de famille du cinéma belge entre 1985 et 2014

Un film à revoir, un auteur à découvrir, il y a toujours une bonne raison de se rendre à la Cinematek. Jusqu'au 3 mai, il y en a deux. En effet, jusqu'à cette date se tient une exposition du photographe Jean-Michel Vlaeminckx dans le cadre de l'opération 50/50 consacrée au cinéma belge. 50 tirages sont donc accrochés aux cimaises. Mais comment choisir 50 photos dans les milliers accumulées en 30 ans de travail ? Les organisateurs ont contourné la difficulté, ils en font défiler 550 photos sur les écrans du musée du cinéma.

Marian Handwerker et Marie Gillain. Tournage de Marie, 1992.
© JMV

30 ans de cinéma belge

On découvre alors la grande famille du cinéma belge contemporain que Jean-Michel Vlaeminckx a vu naître et grandir. Depuis le milieu des années 80, personne n'a témoigné autant d'intérêt, d'enthousiasme pour la production nationale.
D'ailleurs en 1985, personne ne s'intéressait au cinéma belge quand Jean-Michel Vlaeminckx fréquentait assidûment les plateaux des longs et des courts métrages, à la fois comme photographe et comme journaliste pour la revue « Cinergie » qu'il animait. En quelque sorte, il a amorcé, suivi, soutenu tout au long des années 80, cette éclosion du cinéma belge.



Quand, la décennie suivante, le fabuleux accueil à Cannes de « Toto le héros », « C'est arrivé près de chez vous » ou encore « la Promesse » ont enfin stimulé la création en Belgique, JMV suivait depuis des années les parcours de Jaco Van Dormael, des Dardenne et bien sûr, il accompagnait Poelvoorde, Belvaux et Bonzel quand ils ont débarqué sur la Croisette en 91. Jean-Michel Vlaeminckx fut la mémoire du cinéma belge jusqu'à sa disparition inopinée en juillet 2014. Il en fut aussi la tête chercheuse. Ce qu'il aimait, c'était détecter un talent naissant, dès le stade étudiant, dès les courts métrages.

Un vrai photographe de plateau

Jean-Michel Vlaeminckx était un vrai photographe de plateau, de tout le plateau, il était attentif au travail de ceux qui étaient dans la lumière comme de ceux qui étaient dans l'ombre. JMV, ce n'était pas le genre clic-clac, bonjour - au revoir. Il aimait le terrain, il passait beaucoup de temps sur les tournages, avec le réalisateur, les acteurs mais aussi le directeur photo, l'ingé-son. Tous les postes l'intéressaient avec la même passion.
Passion, le mot est inévitable quand on se souvient de cet homme aux boucles blanches, aux lunettes en amande et à la moustache fournie. Passion de mieux connaître ceux qui fabriquent le cinéma. Passion du cinéphile, celle de découvrir des films d'auteur et d'en discuter. Passion du matériel aussi. Rarissimes sont ceux qui, comme lui, pouvaient expliquer la beauté d'un plan par l'emploi de tel type de caméra.
L'exposition et le livre qui l’accompagne rendent bien compte de son regard sur la dimension collective du 7e art. Non seulement, les différents corps de métier sont représentés mais on voit qu'il a souvent capté avec son Leica ces moments d'extrême intensité, de concentration, de précision, alors que le réalisateur vient de dire moteur. C'est le cas dans ce merveilleux cliché de Michel Baudour au travail sur le film de Thierry Knauff.


L'ouvrage des éditions Yellow Now dégage les émotions d'un album de famille. Jaco Van Dormael a l'air de sortir de l'école, Jean-Jacques Andrien croit qu'il viendra à bout de « Australia » et on se demande ce qu'est devenue Sabrina Leurquin.
Un album de photos de famille, mais réalisées par un professionnel dont la mise en page pointe les caractéristiques du style et les différentes périodes.
Des photos dont certaines ne sont pas inconnues aux lecteurs cinéphiles de La Libre Culture où il tenait une chronique hebdomadaire consacrée au cinéma belge.


Exposition jusqu'au 3 mai à Cinematek , 9, Rue Baron Horta 9 à 1000 Bruxelles, pendant les heures d'ouvertures.
Jean-Michel Vlaeminckx, le regard des regards, 160 pages, Yellow Now, 22 €