Cinéma L’acteur Jerry Lewis, légende de la comédie hollywoodienne, est mort ce dimanche à l’âge de 91 ans.


Un acteur totalement frappadingue a disparu hier à Las Vegas à l’âge de 91 ans. Jerry Lewis s’était en effet imposé pour ses compositions folles, marquant de son empreinte le paysage de la comédie hollywoodienne. Oublié, voire méprisé aux Etats-Unis, où il était considéré comme un acteur de seconde zone, il était resté très populaire en Europe. Surtout en France, où il avait été fait commandeur de la Légion d’honneur en 2006. Notamment pour son combat contre la poliomyélite, alertant le grand public dès 1966 dans une grande émission de télévision, le "Jerry Lewis Muscular Distrophy Association Telethon". Vingt ans plus tard, en 1987, il présentera d’ailleurs sur Antenne 2 la première édition du Téléthon français.

Un duo mythique

Né Joseph Levitch à Newark, New Jersey, le 16 mars 1926, d’un père artiste de music-hall et d’une mère pianiste, Jerry Lewis était un véritable enfant de la balle, monté pour la première fois sur les planches à l’âge de 5 ans. Il marque pour la première fois les esprits dix ans plus tard avec un numéro qui le voit mimer, de façon outrancière, les paroles d’une chanson diffusée sur un phonographe. Un procédé dont se souviendront, bien des années plus tard, les frères Taloche avec leur célèbre sketch "J’ai encore rêvé d’elle"…

Mais c’est dans les années 40 que décolle la carrière de Jerry Lewis, dans un duo comique mythique aux côtés du chanteur Dean Martin, qui égaye les scènes des plus grands night-clubs américains par son approche résolument différente, dépassant la simple récitation de sketches pour mettre l’accent sur l’interaction entre les deux comédiens. De quoi leur ouvrir grand les portes du petit écran, puis d’Hollywood. Dans "Le Soldat récalcitrant" de Hal Walker en 1951, "Un galop du diable" de George Marshall en 1953 ou "Artistes et Modèles" de Frank Tashlin en 1955.

La star des années 60

Après la séparation du tandem en 1956, Lewis entame l’année suivante une carrière solo dans "Le délinquant involontaire" de Don McGuire. Devenu une star grâce à une série de comédies loufoques pas toutes mémorables (même s’il fut largement défendu par "Positif" et "Les Cahiers du cinéma"), il écrit, produit et réalise son premier film en 1962, "Le Zinzin d’Hollywood". Il enchaîne l’année suivante avec son film le plus célèbre, "Docteur Jerry et Mister Love". Revisitant à sa sauce toute particulière le classique de Robert Louis Stevenson, il s’offre un rôle double, celui d’un professeur de chimie maladroit et timide, qui se transforme en un séducteur tombant toutes les filles grâce à un élixir miracle.

Artiste total, à la fois scénariste, réalisateur, producteur et réalisateur, Jerry Lewis se mettra en scène dans une quinzaine de longs métrages. Preuve de son immense popularité en France - Jean-Luc Godard ira jusqu’à le qualifier "de plus grand cinéaste politique américain des années 1960" -, les titres français des films dans lesquels il apparaît à sa grande époque en font le nouveau Charlot, utilisant pour la plupart son prénom comme argument de vente : "Jerry souffre-douleur" (1964), "Jerry chez les cinoques" (1964), "Jerry la grande gueule" (1967), "Cramponne-toi Jerry" (1969)… Sa carrière est pourtant stoppée net par l’échec en 1972 de son film "The Day the Clown Cried", comédie se déroulant dans un camp de concentration nazi qui créera la polémique et ne sortira jamais en salles.

Dernier grand rôle chez Kusturica

Absent des écrans dans les années 70, Lewis connaît un retour en grâce au début des années 80 avec "Au boulot… Jerry !", qu’il réalise à nouveau. Tandis que de grands réalisateurs font appel à ses services. Il est ainsi épatant, à contre-emploi aux côtés de Robert De Niro, dans "The King of Comedy" de Martin Scorsese. Tandis qu’Emir Kusturica se sert magnifiquement de son personnage lunaire dans "Arizona Dream", face à Johnny Depp et Faye Dunaway, son dernier grand rôle en 1993.

Apparaissant encore de façon sporadique au cinéma et à la télévision (on a notamment pu le voir dans un épisode de la série "New York, unité spéciale"), il tournait une dernière fois l’année dernière, à 90 ans, dans "Le casse" d’Alex et Benjamin Brewer, incarnant le père vieillissant de Nicolas Cage.Hubert Heyrendt