Cinéma

Entre son travail de guide touristique, sa participation à la chorale locale et un père atteint de la maladie d’Alzheimer, Molly (Jessie Buckley, trouble et épatante) n’a guère d’occasion d’échapper à la monotonie de la vie insulaire de Jersey. Infantilisée par sa mère bigote et autoritaire (Geraldine James), la jeune femme semble condamnée à expier toute sa vie une grave erreur de jeunesse.

Le jour de son anniversaire, une fois de plus éclipsée par sa narcisse de sœur, Molly fugue et s’oublie le temps d’une nuit. Au petit matin, le garçon rencontré dans une fête se fait trop entreprenant. Surgit Pascal (Johnny Flynn, qui rappelle le jeune Richard Harris), fusil de chasse à la main, qui sort Molly de ce mauvais pas.

Braconnier, rude et rudement beau, Pascal séduit Molly. Telle Lady Chatterley, elle trouve en lui son Mellors, échappatoire au carcan familial. Mais alors que sévit sur l’île un tueur de jeune fille, les soupçons se portent sur ce mystérieux garçon tandis que les démons de Molly resurgissent.


Blanchi sous le harnais de la télévision britannique, le réalisateur Michael Pearce signe son premier long métrage de cinéma. Natif de l’île, il s’est de toute évidence librement inspiré de l’affaire de la "bête de Jersey", un violeur d’enfant qui y fit plusieurs victimes dans les années 1960.

Le réalisateur impose une créativité et une maîtrise formelles, ainsi qu’une excellente direction d’acteurs. C’est dans son scénario, alambiqué, qu’il pèche par excès de fausses pistes grossières et de rebondissements. Autre écueil : ses seconds rôles ne sont que des vecteurs narratifs (la sœur anti-thèse, le frère absent, l’amoureux transi policier, l’ami de famille raciste) monolithiques, dont on n’effleure que la surface.

Le récit multiplie les circonvolutions dramatiques pour mêler deux intrigues : une histoire d’amour instinctive et les crimes séries. La première est la plus intéressante, mais finalement occultée par ce qui devient une variante arty du thriller "mon amant est-il un assassin ?" Individuellement, plusieurs scènes sont réussies, interprétées avc subtilité et mises en scène avec inspiration - voir la réaction simple et sans appel de Molly à la probable agression physique de deux butors.

C’est grâce à son exploration du lien presque animal entre Molly et Pascal, et son exploitation de la beauté sauvage des lieux, à laquelle répond celle des deux comédiens principaux, que le réalisateur distingue in fine "Beast", œuvre imparfaite mais prometteuse.

Réalisation : Michael Pearce. Avec Jessie Buckley, Johnny Flynn, Trystan Gravelle, Géraldine James… 1h47.

© IPM