Cinéma Plaquée, une femme se trouve brutalement à la rue dans Paris, à la recherche d’un toit et elle-même. Caméra d’or.

Une femme hurle en se frappant violemment la tête contre une porte. Il y a quelque chose des Dardenne, une façon d’entrer dans le film comme on saute d’un train en marche.

On la retrouve aux urgences, le front en sang. Elle a pété les plombs, on ne comprend pas trop pourquoi, elle est incohérente. On l’hospitalise, mais elle retire sa perf' et s’échappe. On ne la quittera plus, la caméra la colle, on ne suivra l’action qu’à travers son point de vue, comme chez les Dardenne. Mais ce récit se déroule-t-il de façon chronologique ? C’est une question qu’on ne se pose pas chez les Dardenne, mais qui devient très intrigante ici car on est chez Léonor Seraille.

On comprend que, de retour d’un long séjour au Mexique, elle s’est fait lourder par son copain depuis 10 ans. Après l’épisode hospitalier, elle lui kidnappe d’ailleurs son chat, petite vengeance ou ultime lien ? En tout cas, cela ne facilite pas sa vie. Des copains refusent de l’héberger, animaux non admis. Elle va devoir se débrouiller seule. Mais d’un plan à l’autre, on a le sentiment, à cause des boucles d’oreille, des chaussures, des cheveux, de l’éclat du visage que la chronologie a été brisée. Et la multiplication de ces touches a pour effet de mettre le spectateur dans l’état de fébrilité du personnage à la recherche de stabilité.

Car, on n’est définitivement plus chez les Dardenne, Paula n’est pas tiraillée par un dilemme moral, Paula est paumée. Elle s’incruste dans des fêtes, s’incruste dans la vie d’une fille qu’elle croit avoir reconnue, tente de s’incruster dans la vie de sa mère.

A coup de saynètes, Leonor Seraille veut nous faire dépasser la première impression, guère emballante, produite par son héroïne.

Certaines séquences fonctionnent, d’autres moins, mais chacune donne l’occasion à Lætitia Dosh de monter au… front, de camper un personnage terriblement réaliste et pourtant fictionnel dans la mesure où il tente de reprendre sa vie en main, donc de ne plus subir les événements mais d’écrire sa propre histoire. Tour à tour agitée, drôle, frappée, agaçante, décomplexée, brisée, attachante, givrée, allumée : Paula captive l’attention et réenchante un parcours pourtant largement balisé par le cinéma.


© IPM
Réalisation, scénario : Léonor Serraille. Avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye… 1h37.