Cinéma Le Français Xavier Legrand signe un premier film choc sur un couple déchiré…

La petite quarantaine tous les deux, Miriam (Léa Drucker) et Antoine Besson (Denis Ménochet) se retrouvent dans le bureau de la juge pour une confrontation décisive. Le couple est en instance de divorce. Accusant son mari de violences conjugales, l’épouse exige la garde exclusive de leurs enfants, Joséphine, la grande, et Julien, le plus jeune. La juge accorde finalement le bénéfice du doute à Antoine, qui obtient un droit de visite pour son fils. Partagé malgré lui entre son père et sa mère, Julien tente de jouer les tampons. Jusqu’ici, tout va bien…

Cette scène d’introduction est longue, près de 20 minutes. Pourtant, malgré le huis clos feutré, les dialogues procéduriers des avocats, la tension est immédiatement palpable sur le visage de cette femme. Une fois sorti du bureau de la juge, cette tension ne retombera pas. Elle n’ira qu’amplifiant…

Quatre ans après le court "Avant que de tout perdre" (cf. ci-contre), Xavier Legrand signe un premier long métrage choc, retrouvant les mêmes personnages et les mêmes comédiens, tous deux excellents. Si "Jusqu’à la garde" est une telle expérience, difficile à encaisser pour le spectateur, c’est que le film est entièrement construit sur l’exploration d’une seule émotion : la peur, qu’on lit dans les jeux et le corps d’un jeune gamin de 12 ans, campé par le formidable Thomas Gioria (que l’on devrait revoir à l’affiche d’"Adoration", le prochain film de Fabrice Du Welz, en tournage cet été).

La panique, on la lit aussi dans les yeux d’une femme terrorisée à chaque fois qu’elle croise la route de son ex-­mari. Entre la frêle Léa Drucker et le costaud Denis Ménochet, le contraste est total. Et Legrand n’a pas besoin d’en rajouter dans sa mise en scène, très sobre, pour rendre palpable cette tension qui existe entre ses personnages, pour nous plonger à leurs côtés dans un véritable enfer.

Débutant dans le bureau d’un juge comme un drame social très documenté, "Jus­qu’à la garde" glisse pro­gressivement vers le film de genre. Jusqu’à une explosion finale glaçante digne d’un film d’horreur. Mais une horreur tout sauf fantastique, horriblement banale. Celle que vivent dans le silence des milliers de femmes autour de nous. En France en effet, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint…

© D.R.

Scénario&réalisation : Xavier Legrand. Photographie : Nathalie Durand. Montage : Yorgos Lamprinos. Avec Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria, Mathilde Auneveux… 1 h 33.