Cinéma

Warner joue gros avec « Justice League ». Et on le sent à la fébrilité qui accompagne la sortie de son dernier blockbuster, qui réunit cinq super-héros de l’univers DC Comics. Depuis Los Angeles, le studio a en effet imposé un strict embargo à la presse belge. Aucune critique ne pouvait paraître avant ce mercredi 8h50. Évidemment trop tard pour la presse papier... Ce qui explique pourquoi la critique du film n'a pas pu être publiée dans "La Libre Culture" de ce matin. Une décision d’autant plus ridicule qu’à l’issue de l’avant-première américaine, de nombreux avis ont déjà percé sur les réseaux sociaux depuis ce week-end.

© Warner Bros. Entertainment Inc

Warner avait-elle raison de craindre la réaction de la presse ? Sans doute. Zach Snyder – qui a dû abandonner le projet en cours de route suite au suicide de sa fille, remplacé au pied levé par son scénariste Joss Whedon, qui a achevé la production et retourné certaines scènes – accouche d’un film dans la lignée directe de ses deux précédents : “Man of Steel” en 2013 (sur Superman) et surtout “Batman vs Superman”, qui avait déçu tout le monde ou presque l’année dernière. “Justice League” souffre exactement des mêmes défauts que ce dernier. A commencer par son manque de cohérence.

“Justice League” reprend là où s’arrêtait “Batman vs Superman”. De Londres à Paris en passant par Gotham City et Metropolis, le monde pleure la mort de Superman (Henry Cavill). Cette disparition donne des idées à un bon gros méchant, Steppenwolf, qui décide de sortir de sa torpeur millénaire pour détruire la Terre, pour commencer, et l’univers pour suivre.

Bruce Wayne (Ben Affleck) n’a d’autre choix que de réenfiler son costume de Batman et de mettre sur pied une équipe de justiciers capable de faire face à cette menace inédite. Il y intègre deux vieilles connaissances, Wonder Woman (Gal Gadot) et Aquaman (Jason Momoa), mais aussi deux petits nouveaux : Cyborg (mi-homme, mi-machine campé par Ray Fisher) et Flash (Ezra Miller), la seule belle surprise du film. L’homme-éclair apporte non seulement la possibilité, très cinégénique, de jouer avec la distorsion du temps mais aussi une petite dose d’humour à l’univers très noir de DC.

© Warner Bros. Entertainment Inc

Si ces grandes réunions de super-héros paraissent naturelles dans les comics, les conventions de la bande dessinée ne sont pas tout à fait les mêmes que celles du cinéma… Contrairement aux X-Men – qui évoluent dans un univers très cohérent malgré la multiplication de personnages, tous grosso modo mutants –, on frise ici l’indigestion façon “Avengers” (la franchise concurrente de Marvel). A chaque super-héros, correspond en effet un univers très spécifique.

Pas facile de faire cohabiter le sombre Batman sans super-pouvoirs (sinon son argent) avec des extraterrestres kryptoniens, une déesse amazone en jupon court, un Atlante bodybuildé, un jeune mutant depuis qu’il a été foudroyé et une sorte de Robocop capable de communiquer avec les ordinateurs. Sans oublier un super-vilain venu d’une autre dimension qui tente de coloniser la Terre à coups de morts-vivants volant en nuées comme des insectes et de tentacules fluo dont le mauvais goût effraye plus que la puissance destructrice.

Depuis “Les 300”, on connaît le goût pour l’esthétique douteuse et une relecture très personnelle de la mythologie grecque de Zach Snyder. Parfaitement dans son élément, il s’est ici surpassé !

© Warner Bros. Entertainment Inc

© IPM
Réalisation: Zack Snyder. Scénario: Chris Terrio & Joss Whedon. Avec Ben Affleck, Gal Gadot, Ezra Miller, Jason Momoa, Ray Fisher, Henry Cavill, Amy Adams, Connie Nielsen, Jeremy Irons... 2h01.