Cinéma Du 1er au 5 juin, la Cinematek éclaire le cinéaste congolais disparu en 2015.

Je suis un écrivain qui écrit avec une caméra, je suis un peintre qui peint avec une caméra." Peintre, photographe, cinéaste : les talents de Kiripi Katembo Siku étaient multiples. L’emploi de l’imparfait s’impose car, malgré son jeune âge (36 ans), l’artiste n’est plus, emporté en août 2015 par une malaria cérébrale foudroyante.

Après un premier hommage rendu à ses fabuleux dons de photographe, à Dakar en 2016, le focus est mis cette fois sur son cinéma à la Cinematek, à Bruxelles. "Avec une rétrospective de 12 films qui se déplacera à Kinshasa en septembre et à Lubumbashi en octobre", annonce Rosa Spaliviero de l’ASBL Mosso, organisatrice de l’événement en collaboration avec la Cinematek et la Fondation Kiripi.

Formé à l’école des Beaux-Arts de Kinshasa, Kiripi Katembo Siku s’est essayé à diverses disciplines avec talent avant d’opter pour le cinéma. A suivre son parcours, on voit d’ailleurs bien comment la peinture et la photographie l’ont petit à petit guidé vers l’image en mouvement. La caméra apparaissant à ses yeux comme "une autre forme d’écriture, une façon de se rapprocher des gens et de sa société".

Kinshasa la tête en bas

C’est une série de photos de sa ville, prises la tête en bas, qui l’ont rendu célèbre. Une trentaine de clichés capturés dans le reflet des fameuses flaques qui font partie des avanies kinoises. L’âme penchée au bord de l’eau brunâtre, on lit le labeur, le trafic kafkaïen, les stratégies de la société informelle, les ruses des mamans du marché… dans ses miroirs aux formes disparates.

Son souhait ? "Dépasser la pauvreté pour entrer dans le surréalisme, l’imaginaire et faire en sorte qu’un paysage devienne sublime…" Objectif largement atteint avec sa collection rassemblée sous le titre "Un regard" qui a notamment fait sensation lors de l’exposition "Beauté Congo" à la Fondation Cartier, à Paris. Elle avait ensuite voyagé en France avant de mettre le cap sur Bamako.

Cameraman, réalisateur, producteur…

Au titre de chef de file, sans doute aurait-il préféré celui de coach, tant il était celui qui écoutait et encourageait ses amis et complices. C’est la raison pour laquelle toute une nouvelle génération de cinéastes - Dieudo Hamadi, Tshoper Kabambi, Clarisse Muvuba, Nelson Makengo, Djo Munga - lui rend hommage lui qui fut leur confident, cameraman, assistant réalisateur, (co)producteur parfois.

Cette attention apportée à l’homme pris dans son milieu urbain, on la retrouve dans ses courts métrages et dans les différents films auxquels Kiripi Katembo a collaboré. Ensemble, à travers leurs nombreux films, ils ont façonné l’image d’une jeunesse pleine de ressources, bien décidée à changer l’image de son pays, de l’intérieur. Quant à Kiripi Katembo, il a surtout offert au titre d’artiste la plus large résonance possible en parvenant à fédérer un large éventail de talents afin de lancer Yango, la Biennale d’art de Kinshasa en 2014.