"Knight of Cups" : Pathétique Terrence Malick

Dieu qu'on a aimé Terrence Malick ! Au moins jusqu'à "La ligne rouge" en 1998. Trois films en trente ans ou presque et trois chefs-d'œuvre ! Avec "Le nouveau monde" en 2005, le Texan faiblissait déjà quelque peu. Ici, il s'enfonce dans ses travers les plus poseurs…

Hubert Heyrendt

Terrence Malick s'enfonce dans ses travers les plus poseurs… Pathétique.Dieu qu'on a aimé Terrence Malick ! Au moins jusqu'à "La ligne rouge" en 1998. Trois films en trente ans ou presque et trois chefs-d'œuvre ! Avec "Le nouveau monde" en 2005, le Texan faiblissait déjà quelque peu, proposant l'amorce d'une caricature de son cinéma, totalement assumée en 2011 avec "The Tree of Life", improbable Palme d'or à Cannes. Depuis, Malick enchaîne les films et échoue malheureusement à faire passer la moindre idée.

Avec "Knight of Cups" - le roi de coupes est une des lames du tarot, lequel sert ici de structure narrative -, Malick poursuit son exploration du vide existentiel qui marque nos sociétés contemporaines. Le film est impossible à résumer. Pour une bonne raison : il n'a rien à dire… Le cinéaste se contente de faire papillonner Christian Bale (une seule expression pendant deux heures) de femme en femme, en le promenant sur des plages de sable vides, dans des paysages de nature sauvage, des fêtes hollywoodiennes futiles… On comprend le sens général : dénoncer la vacuité de nos existences. Mais la mise en forme est à nouveau d'une prétention sans borne, alors que le licencié en philosophie se contente d'enfoncer les portes ouvertes dans un fatras de plus en plus indigeste.

Le malheur de Malick, c'est que depuis "The Tree of Life", son cinéma se résume à un pur système. Les images sont toujours sublimes, le sens du montage intact mais, sous prétexte de quête métaphysique, le cinéaste ne déverse qu'une avalanche de voix off et de dialogues susurrés tellement sentencieux qu'on dirait la caricature d'un mauvais théâtre expérimental.

Les acteurs ne jouent plus, ils se contentent de prendre des pauses, à la manière de ces mannequins pour photographes de mode que semble moquer Malick tout en faisant exactement la même chose… L'histoire de ce scénariste hollywoodien est tellement simpliste - papa n'a pas été gentil et maman n'est plus là - que l'on reste sans voix. La vacuité dont parle Malick n'a en effet d'égal que celle de son cinéma !

Pour compenser son incapacité à réellement penser la société occidentale contemporaine, Malick enrobe, met les formes, convoque la spiritualité dans sa plus grande diversité - du prêtre catholique au bouddhisme, en passant par les croyances New Age californiennes - mais ne parvient jamais à faire vivre son film, prisonnier d'une esthétique morte. Son personnage semble d'ailleurs errer dans les rues de Los Angeles comme un fantôme, un être déjà mort, incapable de la moindre émotion qui lui permettrait de se sentir vivant.

Face à l'absence évidente de sens dont souffre le héros, ne reste que l'amour. Et là encore, la vision de Malick est d'une rare pauvreté. Le rapport aux femmes est en effet d'un machisme édifiant. Christian Bale n'a que deux choix : les femmes qu'il pourrait aimer, campées par des stars à la beauté éthérée (Cate Blanchett et Natalie Portman) et les filles faciles qu'il baise, que le vieux cinéaste de 71 ans n'hésite pas à dénuder, à filmer avec un regard, sinon pervers, du moins méprisant. Quand bien même la strip-teaseuse parle-t-elle en philosophant…

Face à "Knight of Cups", on n'en revient toujours pas de la déchéance de l'un des réalisateurs américains les plus mythiques, impuissant à renouer avec la profondeur et la magie de ses premiers films. Triste…

"Knight of Cups" : Pathétique Terrence Malick
©DR

Scénario et réalisation : Terrence Malick. Photographie : Emmanuel Lubezki. Musique : Hanan Townshend. Avec Christian Bale, Natalie Portman, Cate Blanchet, Imogen Poots, Antonio Banderas… 1h58

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