Cinéma Une adaptation à contresens de Jules Romains, avec Omar Sy dans le rôle du bon docteur Knock…

Jouée et mise en scène pour la première fois à Paris en 1923 par Louis Jouvet, la pièce "Knock ou le Triomphe de la médecine" a connu un succès retentissant. Jouvet reprendra son personnage à l’écran et la pièce est devenue un classique. On se souvient par exemple, au début des années 90, du génial Michel Serrault, incarnant avec panache et une vraie complicité avec le public ce docteur charlatan qui finit par prendre sous son emprise tout un village, dont il a réussi à transformer chaque habitant en l’un de ses patients. Selon son célèbre adage : "Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent !"

A l’époque, Romains et Jouvet se moquaient de la médecine bien entendu, mais plus encore de toutes les formes de manipulation : commerce, publicité, idéologie… Ces questions sont toujours d’actualité à l’heure où les laboratoires pharmaceutiques sont de plus en plus vus comme des entreprises visant d’abord leurs propres profits avant la santé de leurs "clients". L’idée de refaire un "Knock" en 2017 est donc bonne. Et pourquoi pas de confier le rôle à Omar Sy. Cela offre quelques effets comiques faciles mais amusants.

Mais cela coince tout de suite… Quand on découvre que Lorraine Lévy n’a pas transposé l’histoire aujourd’hui mais à la fin des années 50. Un choix assez incompréhensible, sinon qu’il lui permet de dépeindre une France 100 % nostalgique, situant son histoire dans un petit village du Vercors avec son bistrot, sa pharmacie, son église et son curé… Bref une certaine idée de la France éternelle.

Le problème, c’est que Lorraine Lévy reste la cinéaste qu’elle est, l’auteure de comédies gentillettes comme "Mes amis, mes amours", adaptée du livre de son frère. Sauf qu’entre Marc Lévy et Jules Romains, la tonalité n’est pas tout à fait la même… Knock doit être un personnage drôle mais aussi inquiétant, un manipulateur avide autant d’argent que d’emprise sur ses semblables. La cinéaste le transforme en un gentil médecin de campagne, qui exagère bien un peu dans les traitements, mais toujours pour le bien de ses patients, pour pousser le facteur (Christian Hecq) à arrêter de boire… On découvre même un Knock sentimental, amoureux de la jolie Adèle (Ana Girardot).

Le contresens est tel que le film en devient presque gênant. On a en effet de la peine à voir ces excellents comédiens (dont deux membres de la Comédie-française, Heck et Michel Vuillermoz) se mettre ainsi au service d’une lecture totalement dévoyée et édulcorée d’un chef-d’œuvre du répertoire français.


© IPM
Scénario&réalisation : Lorraine Lévy (d’après la pièce de Jules Romains). Photographie : Emmanuel Soyer. Avec Omar Sy, Ana Girardot, Alex Lutz, Sabine Azéma, Christian Hecq, Hélène Vincent, Rufus, Michel Vuillermoz… 1h53.