Cinéma

Le 12 août 2000, la flotte Nord de l’armée russe fait des grandes manœuvres en mer de Barents. Tout juste arrivé au Kremlin, le nouveau président Vladimir Poutine entend bien prouver au monde que la Russie a retrouvé son rang parmi les grandes nations. Pépite de technologie de l’armada russe mise en service six ans plus tôt, le Koursk est évidemment de sortie, avec 118 hommes à son bord. Le sous-marin nucléaire doit tirer une Tolstouchka ("grosse fille"), une torpille d’exercice. Mais les hommes s’inquiètent de sa température intérieure, anormalement élevée et qui continue de monter. Jusqu’à ce que celle-ci explose. Deux minutes plus tard, une autre explosion, beaucoup plus violente, éventre le navire, qui s’échoue au fond de la mer.

A son bord, ne reste qu’une vingtaine de survivants. Menés par Mikhail Kalekov (Matthias Schoenaerts), ils trouvent refuge dans le compartiment de survie, pour attendre les secours. A la surface, les opérations de sauvetage se mettent en branle, sous la supervision de l’amiral Yelstin (Max von Sydow), mais aussi sous le regard indiscret de la marine anglaise et du commodore David Russel (Colin Firth). A terre, Tanya Kalekov (Léa Seydoux), enceinte jusqu’au cou, et les autres femmes et mères de marins attendent dans l’angoisse de connaître le sort de prisonniers du Koursk.

Cela fait plusieurs années que Luc Besson avait le projet d’adapter le livre de Robert Moore A Time to Die, qui revenait sur "l’histoire secrète du Koursk", finalement très proche de la version officielle. Pas question ici de parler d’une collision avec le sous-marin américain Toledo ou d’une torpille tirée sur le Koursk par l’USS Memphis, comme l’a suggéré le journaliste français Jean-Michel Carré dans le documentaire Koursk, un sous-marin en eaux troubles en 2005. Du coup, déjà qu’il n’y a aucun suspense sur la fin du film, lire la page Wikipedia du Koursk se révèle bien plus palpitant…

Coproduction entre la France, le Danemark et surtout la Belgique - il s’agit du plus gros budget de l’histoire du tax-shelter, avec 7,2 millions d’euros levés -, Kursk se contente de retracer, très sagement la catastrophe. Le problème, c’est que le Danois Thomas Vinterberg ne parvient pas à imposer sa patte. On sent que ce qui intéresse le réalisateur de It’s All About Love, Loin de la foule déchaînée (où il faisait déjà tourner Matthias Schoenaerts) et La commune, c’est le côté mélodramatique. Ce sont ces femmes et ces enfants qui attendent des hommes qui ne reviendront pas. Cela donne la meilleure scène du film, en ouverture, le mariage d’un des marins, à la veille du départ en mer du Koursk.

Le problème, c’est que Kursk ne se concentre sur rien, cherche à traiter tous les aspects de l’histoire, de façon forcément superficielle. Pire, Vinterberg rate les scènes de détresse dans le sous-marin où, jamais, il ne parvient à faire monter la tension. En cause, un manque de moyens dans la reconstitution et des effets spéciaux pas vraiment au niveau de ce qui se fait aujourd’hui. Sans compter qu’il est assez douloureux d’entendre tous ces acteurs européens mélanger leurs accents pour camper, en anglais, des personnages russes. Voilà qui ne contribue pas à conférer un peu d’authenticité à un film qui en manque déjà cruellement…


© IPM
Réalisation : Thomas Vinterberg. Scénario : Robert Rodat. Photographie : Anthony Dod Mantle. Musique : Alexandre Desplats. Avec Matthias Schoenaerts, Léa Seydoux, Colin Firth, Max von Sydow… 1 h 57.