Cinéma

Le cinéma expérimental est un peu le parent pauvre du 7e Art. C’est celui dont on ne parle quasiment jamais, trop souvent relégué aux salles de projection des musées d’art contemporain. En relançant son Age d’or, mis entre parenthèses en 2013, la Cinematek entend bien lui offrir une vitrine digne de ce nom à Bruxelles, en lui consacrant dans ses murs, de mercredi à mardi prochains, un festival à part entière.

Une façon de renouer avec le Festival du cinéma expérimental de Knokke (Exprmntl), imaginé par Jacques Ledoux et qui se déroula à cinq reprises en 1949, 1958, 1963, 1967 et 1974.

Renouer avec l’esprit de Ledoux

Créé par Ledoux en 1955 en hommage au film de Luis Buñuel, le Prix de l’Age d’or se voulait un dénicheur d’œuvres singulières, qui pensaient le cinéma comme un art à part entière. Accolé ces dernières années aux Cinédécouvertes (suspendues sine die), il avait perdu son âme. "Des années 90 jusqu’à la dernière édition de Cinédécouvertes en 2012, le Prix de l’Age d’or avait perdu de son sens , reconnaît Olivier Dekegel, programmateur de l’Age d’or. Il était coincé dans les contraintes de Cinédécouvertes, où il n’était question que des longs métrages en 35 mm puisqu’il s’agissait de prix à la distribution. Et il était question de films art et essai, alors que le prix tel que défini par Ledoux devait couronner des œuvres allant vers la recherche. On s’est rendu compte que des courts métrages ou des films en vidéo correspondaient mieux à cet esprit."

La programmation de l’Age d’or se veut d’une totale liberté. Parmi les 23 films en compétition, on retrouve aussi bien des courts métrages de 3 min qu’un journal filmé de près de 3h du Portugais Joachim Pinto. Au menu, que des inconnus, si ce n’est le Bruxellois Pierre-Yves Wanderweerd, dont le dernier essai "Les tourmentes" (tourné dans les Cevennes) a été diffusé en mai sur Arte. "Dans le milieu expérimental, ce sont des noms très connus, tempère M. Dekegel. On a contacté les cinéastes, on a vu près de 1000 films et on en a choisi 23. Et certains, comme ‘2012’ de Makino Takashi, sont jouissifs. Il n’y a pas plus de réflexion intellectuelle que dans le cinéma traditionnel. Il s’agit d’une recherche formelle, certes, mais jamais pure et dure. Nous souhaitions qu’il y ait une connexion entre le fond et la forme. D’ailleurs, il n’y a pas que du cinéma expérimental dans notre programmation; on trouve du documentaire, de la fiction. On souhaite enjamber ces catégories devenues désuètes aujourd’hui. On montre un cinéma de recherche, le laboratoire du cinéma."

Une riche programmation annexe

L’Age d’or 2014 sera décerné par un jury présidé par l’Allemande Birgit Hein, dont la Cinematek programme parallèlement deux films. L’Age d’or proposera aussi des focus sur de grands noms du cinéma expérimental : l’Autrichien Gustav Deutsch (dont on pourra notamment voir "Shirley", inspiré des tableaux d’Edward Hopper, mais aussi la série "Film ist."), l’Anglais John Smith, l’Américain Robert Todd mais aussi Gregory Markopoulos. De ce dernier, on découvrira le chef-d’œuvre "Twice a Man" (1963) mais aussi de larges pans de son œuvre, qui avait pour ambition de relire la mythologie grecque. Notamment dans "The Illiac Passion" (1964-67), où le cinéaste gay transformait Andy Warhol en Poséidon.

Sans oublier quelques "poèmes ethnographiques", un programme consacré à l’avanguardia italienne des années 60 et un hommage au cinéaste américain Stephen Dwoskin, décédé il y a deux ans à Londres. Condamné à l’immobilité depuis l’âge de 9 ans, celui-ci a travaillé, à travers ses films - dont "Age is…" (2012), montré à Bruxelles -, à une reconstruction de la réalité à partir du handicap…


--> Age d’or. Exprmntl Festival, du 8 au 14/10 à la Cinematek. Rens. : www.cinematek.be.