Cinéma La jeune Anna a-t-elle vraiment vu la Vierge ? Jacques, le reporter, mène l’enquête… canonique

Jacques revient en état de choc d’un reportage de guerre où son collègue photographe a perdu la vie. Il s’isole chez lui quand il reçoit le surprenant coup de fil d’un évêque l’invitant, de façon pressante, à venir à Rome pour l’entretenir d’une affaire confidentielle. Intrigué, il rencontre le prélat au Vatican qui lui propose d’intégrer une enquête canonique chargée de déterminer la réalité d’une apparition.

Il accepte et se rend dans un village de montagne du Sud Ouest où convergent des milliers de pèlerins venus voir - et si possible toucher - la jeune Anna qui prétend avoir vu la vierge. Composée d’une psychiatre, d’un prêtre, d’un théologien et d’autres spécialistes, la commission va devoir statuer si elle dit la vérité.

Jacques est stupéfait de découvrir un petit Lourdes envahi par des marchands et des individus un peu illuminés venus des quatre coins du monde. Dans le gymnase transformé en centre de prières, il aperçoit cette jeune fille toute simple, au regard très pur, habitée par sa mission. Elle est suivie, pas à pas, par le père Borrodine qui a coupé les ponts avec la hiérarchie religieuse et organise des cérémonies autour de sa protégée. Il est hostile à la commission mais la jeune fille accepte de s’y soumettre sans difficulté.

Parallèlement, Jacques entame sa propre enquête journalistique, reconstituant le parcours de cette gamine née sous X, ayant séjourné en foyer et en familles d’accueil, avant de choisir le couvent.

En regardant "L’apparition", d’autres films de Xavier Giannoli reviennent à l’esprit. "A l’origine", par exemple, l’histoire de cet escroc qui mobilise tout un village sinistré du Nord pour construire 1 km d’autoroute. Ou "Marguerite", cette cantatrice qui chantait faux. Autant de films qui racontent la même histoire, ou plutôt le même besoin, celui de croire. Car son enquête va bien au-delà du premier degré, de la simple question : Anna est-elle une menteuse, une affabulatrice ? Il s’agit de fouiller l’inconscient de la personne, de partir à la recherche de ses motivations profondes, de s’approcher de son mystère.

En route, le reporter s’aperçoit d’ailleurs que personne ne souhaite vraiment connaître la vérité. Les pèlerins, les marchands, les religieux s’accommodent beaucoup mieux du mystère. Et au bout du compte, du conte plutôt, "L’apparition" ne désigne peut-être pas la Vierge mais cette jeune fille venue de nulle part qui "apparaît" dans la vie de Jacques et lui ouvre la porte d’un monde qui lui était inconnu, celui de la foi.

Avec une formidable intensité intérieure, Vincent Lindon transforme cette enquête en un questionnement de plus en plus personnel et intime. Galatea Bellugi, sa partenaire, qu’on avait découverte dans "Keeper", possède la grâce indispensable pour ce rôle. Son interprétation tout à la fois, adolescente et mystique, donne une touche contemporaine à un sujet qui revient de temps en temps dans l’actualité.

Dans la forme aussi, Xavier Giannoli cherche à élargir son thème en attachant un soin, une amplitude, une puissance à l’image de cette vierge qui se découpe dans un paysage de montagnes bleu ciel. On n’oubliera pas non plus, ce plan rempli de plumes qui prévient le spectateur d’un malaise de la jeune Anna.

Dans ce siècle où d’Israël à l’Iran, de Boston à Bruges, la religion est synonyme de terreur, de tyrannie et d’agressions sexuelles; Xavier Giannoli revient au fondamental, s’interrogeant sur la foi, sa beauté et ses dérives.

 

© ipm

Réalisation : Xavier Giannoli. Scénario : X. Giannoli, Jacques Fieschi. Avec Vincent Lindon, Galatea Bellugi, Patrick d’Assumçao… 2h 17.