Cinéma Le réalisateur met en scène une variante à son dispositif d’"Entre les murs".

C’est un atelier d’écriture, l’été au bord de la Méditerranée, à La Ciotat, à 35 kilomètres de Marseille. Il est animé par une écrivaine parisienne médiatiquement connue mais pas forcément par cette poignée de jeunes en insertion. On ignore comment ils sont arrivés là, mais ils sont tous volontaires. Tous sauf un.

Non, le défi du film ne sera pas de le convaincre des bienfaits de la littérature car il l’est déjà : être assis à une table sur une terrasse avec vue sur les calanques, c’est autrement moins fatigant que de nourrir la bétonnière avec des sacs de ciment. Tout ce qu’il peut promettre, c’est qu’il ne va pas déranger.

Les autres ont accepté de jouer le jeu : écrire un roman policier se déroulant dans leur ville de La Ciotat. Chacun est invité à jeter ses idées sur la table, quitte à les voir revenir comme des boomerangs. Où va-t-on trouver le cadavre, par exemple ? Dans le chantier naval en friche, s’emballe Malika, bercée par les récits de son grand-père qui, pour y travailler, quitta l’Algérie. Dans le port de plaisance où les yachts de millionnaires se la coulent douce, préfère Antoine, qui a en marre de porter ce passé industriel de la ville. Alors que l’intrigue se dessine, l’écrivaine expose les rouages de la fabrication d’un scénario.

Ce dispositif en rappelle un autre, celui d’"Entre les murs" avec lequel Laurent Cantet remporta la Palme d’or voici une dizaine d’années. Un groupe s’exprime sous "l’autorité" d’un spécialiste. Ce n’est plus l’école, plus un professeur, mais il s’agit toujours d’apprendre dans un cadre plus ou moins formel, avec l’aide d’un professionnel. Toutefois, si "Entre les murs" interrogeait l’enseignement, "L’Atelier" se veut assez rapidement un prétexte pour confronter l’état d’esprit de jeunes représentatifs. Il y a l’étudiant appliqué, la jeune fille portant une mémoire ouvrière, le black rigolo, le musulman chatouilleux, et puis il y a Antoine, jeune blanc solitaire, se projetant militaire, accro aux jeux vidéos violents et aux sites d’extrême-droite. La tuerie du Bataclan, le camion de Nice électrisent l’air du temps et l’animatrice est dépassée par la discussion qui pulvérise le "vivre ensemble".

"Écrire, c’est une manière de se bousculer", dit Olivia. On pense qu’elle parle pour eux ; en fait, elle parle pour elle. Elle est bousculée par cet Antoine sensuellement, politiquement. Elle voudrait l’aider, être celle qui va ramener de l’humanité chez ce jeune homme égaré, désorienté par les discours radicaux des réseaux sociaux. Elle voudrait s’en servir aussi car son inspiration s’est tarie et il est un beau personnage de roman.

Laurent Cantet aime filmer la parole, et aussi le groupe. Et saisir le monde. "L’Atelier" en est une nouvelle démonstration. Il y instrumentalise la fiction pour produire, avec ses acteurs non professionnels, une sorte de vérité documentaire sur l’état d’esprit des jeunes du Midi. Mais simultanément, Cantet semble vouloir échapper à son univers à travers une envolée romanesque pas franchement aboutie.


© IPM
Réalisation : Laurent Cantet. Scénario : Laurent Cantet, Robin Campillo. Avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach. 1h53