Cinéma Au départ d’un ouvrage de Chantal Thomas, Marc Dugain explore son thème, le pouvoir, dans la France du XVIII e siècle.

Magique. Le premier plan est magique. Dans la pénombre, un enfant est allongé sur un lit, les yeux dans le vide. Sa petite main est tenue par une autre, plus grande, celle d’une gouvernante, richement habillée, endormie dans un fauteuil. La lumière sculpte l’image à la façon de Georges de La Tour. On imagine le directeur photo qui s’affaire, on sent le travelling partir vers l’arrière. Et puis l’image se fige, le tableau est splendide, on prend plaisir à le regarder et on y entre, c’est la magie du cinéma.

Le gamin, c’est Louis XV, il a 11-12 ans et n’a pas fait le deuil de sa maman. Il est de retour à Versailles où le Régent dirige le pays en son nom. Après Louis XIV, le pays n’a plus les moyens de faire la guerre. Alors, il fait la paix. Et comment fabrique-t-on de la paix ? Avec des princesses.

On lui propose d’épouser l’infante d’Espagne, alors que le Régent enverra sa fille épouser le prince héritier espagnol. C’est l’échange des princesses, selon un rituel qu’on a appris à reconnaître au fil des films historiques.

On se souvient notamment de la Marie-Antoinette de Sofia Coppola se dépouillant, à la frontière, de ses habits autrichiens pour entrer dans ceux de la cour de France. C’est ici l’occasion d’une scène d’une beauté lyrique à l’île aux faisans qui séparait alors la France de l’Espagne.

D’un côté, Louis XV découvre que sa future reine de France est encore plus jeune que lui, 6 - 7 ans. De l’autre, la duchesse d’Orléans, une adolescente déboule avec un caractère bien trempé dans les appartements du très catholique Philippe V.

Pas besoin de revoir son histoire de France, ou d’Espagne, "L’échange des princesses" n’a aucune ambition pédagogique, le film s’attache plutôt aux décors, aux costumes, aux rituels du film historique car il ne s’agit pas de nous conter une page d’histoire mais plutôt une page de pouvoir.

On ne savait déjà pas grand-chose à propos de ce roi coincé entre Louis XIV et Louis XVI; on n’en apprendra guère davantage si ce n’est que la majorité légale était alors 13 ans et pour son anniversaire, on lui a mis une couronne sur la tête et le poids de la France sur les épaules.

Dans ses films, comme dans ses livres, Marc Dugain observe ce qui le fascine, le pouvoir. Comment il fonctionne. Comment il manipule et embellit la réalité car "Princesse" est un bien joli mot pour désigner de la viande à marier. Comment le pouvoir vole des enfances. Comment il écrase des destins. Comment il va de l’avant sans jamais regarder derrière lui.

Dugain l’observe avec attention mais aussi à distance - celle de l’histoire ici -, ce qui lui permet de relever les paradoxes des dignitaires religieux, de pointer l’humour de certaines situations.

Son film fonctionne d’autant mieux que le casting est soigné, celui des enfants et les adolescents parfaits dans leur costume trop grand. Et puis celui des adultes avec ces acteurs chevronnés comme Catherine Mouchet ou Olivier Gourmet qui peut décidément tout jouer, même le duc d’Orléans.


© IPM
Réalisation : Marc Dugain. Scénario : Marc Dugain et Chantal Thomas d’après l’œuvre de Chantal Thomas. Avec Lambert Wilson, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Igor Van Dessel, Kacey Mottet Klein, Anamaria Vartolomei… 1h40.