Cinéma

Au milieu du XIXe siècle, quelque part en Afrique noire. Maki, un jeune garçon, a été vendu comme esclave à un trafiquant européen. Il parvient à s’échapper et se lie d’amitié avec un girafon dont la mère vient d’être abattue par son poursuivant. Dans sa fuite, Maki croise le chemin d’Hassan, un bédouin qui l’aide, mais dont la mission est précisément de ramener une girafe au pacha d’Alexandrie, qui désire en faire cadeau au roi de France afin de s’attirer les bonnes grâces de celui-ci.

"Zarafa" est une œuvre bourrée de belles intentions et de qualités. L’histoire s’inspire de faits réels : Charles X reçut, en effet, en cadeau une girafe du pacha d’Alexandrie. Transporté par la route de Marseille à Paris, l’animal exotique, premier de son espèce à fouler le sol français, fit à l’époque sensation. On peut encore observer sa dépouille empaillée au Musée d’histoire naturelle de La Rochelle.

Les auteurs du film, soucieux de rendre compte de la sensibilité contemporaine, ont eu l’idée intéressante de suggérer un parallèle entre la condition d’esclave en fuite de Maki et la captivité de Zarafa, le girafon. Hassan, qui n’a pas hésité à sauver Maki du colon, fait preuve de moins de scrupules à l’égard de l’animal.

"Zarafa" fait le choix, presque audacieux aujourd’hui, de l’animation traditionnelle en 2D. L’esthétique ligne claire évoque le trait de certaines bandes dessinées contemporaines et grand public. La forme est toujours maîtrisée, l’animation parfaitement fluide. Les couleurs sont douces et chatoyantes à la fois. Sans surprise, on retrouve derrière ce film le studio Pirma Linea, sans doute le meilleur sur la place française actuellement.

Mais les auteurs et les producteurs ont oublié de faire le toujours difficile, délicat mais, ô combien!, important choix de leur public. Souhaite-t-on ici satisfaire le bon goût artistique des parents et la sensibilité humaniste d’une certaine critique ? Livrer un "conte historique" ? Ou, simplement, divertir les enfants, quitte à les édifier un peu au passage ? Un peu de tout cela, manifestement. Ce qui donne, parfois, des ruptures de tons incongrues et un mariage contre-nature entre des registres différents. Ainsi de la dimension un peu burlesque des pirates de Bouboulina, par ailleurs assez improbable figure féminine dominante dans cette Méditerranée du XIXe siècle. De même, l’épisode du marchand interprété par Fellag est, certes, amusant, mais étrangement pétri de clichés caricaturaux qui feraient jaser dans un tout autre contexte. Par ailleurs, la spécificité du contexte historique de l’époque pourra rendre le récit difficile à appréhender pour le plus jeune public. Dernier point faible, récurrent dans l’animation francophone : la platitude de certaines voix. Il ne suffit pas de s’offrir Simon Abkarian (pour interpréter Hassan), encore faut-il assumer de le diriger : on n’interprète pas un texte pour un film d’animation comme pour un film de fiction.

"Zarafa" ressemble, au final, à un de ces jouets de luxe, dont on ne sait plus s’il est destiné aux parents (qui n’oseraient pas avouer leur plaisir) ou aux enfants (à qui on n’oserait pas le confier). Certains choix, certes difficiles, mais courageux, auraient permis d’en faire le petit joyau que cette œuvre promettait d’être.

Réalisation : Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie. Scénario : Rémi Bezançon et Alexandre Abela. Avec les voix de Simon Abkarian, François-Xavier Demaison, Ronit Elkabetz, Fellag,... 1h18.