L'enfer du vide

A.Lo. Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Ne vous méprenez pas sur la marchandise. Ce n'est pas parce qu'un film est signé par un ex-Snul et qu'on trouve à son affiche un Robin des Bois, un autre Snul et une Deschiens qu'on va s'y fendre la poire -quoique Bouli Lanners s'y entende pour fendre une armure médiévale.

THRILLER

Tout oppose Mimmo (François Vincentelli) et John Deveau (Jean-Paul Rouve). Le premier, acteur en attente de célébrité, fait le taxi de nuit pour arrondir les fins de mois. Le second, riche héritier en rupture avec un père qui le méprise (Jean-Pierre Cassel), passe ses nuits à faire la fête dans sa demeure-forteresse de la banlieue bruxelloise. Mais il suffit du hasard d'une course et de la fascination pour Laetitia (Audrey Marney) pour que Mimmo se retrouve plongé malgré lui dans le paradis artificiel de John et de son faire- valoir David (Bouli Lanners).

Pour son premier long métrage, Stefan Liberski fait plus dans le thriller sociétal, tendance Brett Easton-Ellis, que dans la comédie potache. Ecrivons-le d'emblée: «Bunker Paradise» est une oeuvre inégale. Certains dialogues sont maladroits, quelques longueurs se font ressentir, l'articulation de certaines scènes (les épisodes japonais) manque de souplesse.

Mais la magie opère pourtant, surtout dans une première partie où, sur les traces de Mimmo, on découvre ce paradis trompeur, le bunker enfumé de John pulsé par des rythmes techno -la photo, glacée et terne, est au diapason de l'univers désenchanté de John. Parce que, aussi, le film est porté par Jean-Paul Rouve, qui s'avère une fois de plus formidable dans le registre inquiétant qu'il avait déjà dans «Monsieur Batignole», tandis que Bouli Lanners est un second rôle toujours épatant et que les trois apparitions de Jean-Pierre Cassel sont un pur régal. Parce que, encore, et ce n'est pas la moindre des qualités, Liberski y adopte et y assume un ton personnel, en rupture avec pas mal de tendances du moment, et parvient à rendre crédible sa peinture de ce monde interlope d'oisifs cyniques.

DÉSAMORCÉ

Mais coupable peut-être de trop de gentillesse à l'égard de son personnage principal (ou est-ce de son acteur?) dont on ne perçoit pas toujours très bien les motivations et l'acharnement masochiste, Stefan Liberski désamorce toutefois la tension et le malaise qu'il parvient pourtant à distiller ici et là -notamment le moment de la révélation du «jeu de la cloche» ou les provocations à demi-mots de John. Pas le nirvana, donc, mais bien mieux que le purgatoire.

© La Libre Belgique 2005

A.Lo.