L'été indien

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Devant son chevalet, Madeleine (Sabine Azéma) s'interroge: comment va-t-elle cadrer ce joli paysage pour le faire entrer sur sa toile? Un homme entre dans le paysage et entame, de loin, une conversation étrange. Etrangement poétique, car il est aveugle mais connaît - visiblement - ce paysage dans ses moindres détails, bien mieux qu'un voyant. Ainsi, il lui désigne sur la gauche une maison abandonnée qu'elle n'a pas vue. Une maison qui va se révéler magique, car Madeleine va entrer dans le cadre, faire de ce paysage son paysage.C'est que sa vie est dans une zone de turbulences. William (Daniel Auteuil), son mari, est un frais émoulu préretraité de Météo-France. A 55 ans, son horizon paraît tout à coup bouché, bas, proche, angoissant. Que faire de ces années avant de passer de l'autre côté?

Et si cette ruine était la solution? Adieu appartement, amis, ville, passé et banco sur la rénovation de cette bâtisse. Dans ce cadre enchanté du Vercors, Madeleine et William retrouvent le désir d'être ensemble, la chaleur d'une nouvelle amitié avec l'aveugle (Sergi Lopez) - maire du village - et sa délicieuse femme (Amira Casar), avec Adam et Eve, serait-ce le paradis? Oui, d'ailleurs voilà la pomme qu'ils vont croquer à quatre.

Le film des frères Larrieu est diabolique, car vraiment, on ne l'avait pas vu venir ce thème de l'échangisme. Du tout! Pensez, un film emmené par Auteuil et Azéma, comédiens populaires incarnant des personnages ordinaires, vivant une vie pépère. Et voilà que de fil (pas tordu) en aiguille (pas empoisonnée), ils en arrivent à l'échangisme. Comme si c'était naturel, originel. Comme si cela avait été occulté par des siècles de morale. Fallait bien un aveugle pour nous ouvrir les yeux.

SCANDALE

«Peindre ou faire l'amour» était bien le film le plus scandaleux de Cannes 2005. Mais d'un nouveau type, rien à voir avec le traditionnel produit scandale pour festival. Les frères Larrieu scandalisent en douceur, provoquent sans agresser. L'échangisme n'est pas ici une activité glauque, réservée à des pervers, mais l'affaire de couples amoureux, harmonieux, épanouis.

D'ailleurs, les Larrieu ont le scandale modeste. Après tout, ce n'est que du cinéma, et pas le top, du genre mineur, la comédie sentimentale. Ils ne prêchent pas une révolution sexuelle, ne défoncent pas les barrières morales. En fait, ils ne traitent pas le thème de l'échangisme, ils intriguent en retournant des clichés, comme ils l'avaient déjà fait dans «Un homme, un vrai». En pleine apologie du jeunisme, voilà qu'ils viennent dire: et si l'âge le plus audacieux de la vie était la préretraite?

© La Libre Belgique 2005

Fernand Denis

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