Cinéma

À l’image d’un monde transformé en village global, le Festival du Film de Bruxelles, malgré son parti pris de ne sélectionner que des films européens, présente chaque année des productions toujours plus internationales.

La preuve en est donnée par le Golden Iris Award, premier prix du festival, décerné à "Machan" ("Mon frère"), dont tous les protagonistes et l’essentiel des décors sont sri-lankais. Mais son réalisateur Uberto Pasolini est bien italien, de même qu’un pan de la production (avec l’apport de l’Allemagne et du Sri Lanka). La thématique, elle, fleure l’air du temps. Manoj et Stanley, deux laissés pour compte, rêvent d’immigrer en Allemagne. Faute de pouvoir obtenir un visa, ils montent une équipe fictive de handball, dans le but de se faire inviter à un tournoi en Bavière. Inspiré d’un fait réel qui défraya la chronique en 2004, "Machan" est le premier film d’un des producteurs du fameux "The Full Monty". On y trouve le même mélange de comédie douce, de solidarité et de sentimentalisme bon enfant. Une recette éprouvée, qu’a préférée le jury à d’autres prétendants plus originaux.

Le prix spécial du Jury, "La Casa Sulle Nuvole", de Claudio Giovannesi - encore un Italien ! - est aussi à cheval sur deux continents, deux frères partant à Marrakech à la recherche d’un père disparu - une immigration à rebours des perceptions habituelles.

Ce choc des cultures sur le mode de la découverte fait aussi la force de "Katalin Varga" : derrière la caméra, voilà une coproduction anglo-roumano-hongroise qui change des filières classiques ; devant, c’est le récit terrible d’une vengeance dans les Carpates que l’on jurerait filmée par un réalisateur du cru. Et pourtant : son auteur, Peter Strickland, est britannique. Ce film aux choix formels forts (dont une très maîtrisée bande-son), n’aura malheureusement pas fait l’unanimité au sein du jury (ce fut déjà le cas au Festival de Berlin). Il vaut tout de même à Hilda Péter un prix d’interprétation amplement mérité, partagé avec Malin Crépin pour "In Your Veins" de la Suédoise Beata Gårdeler.

D’autres films participaient de la vision d’ "auberge espagnole" européenne : "Donne-moi la main" de Pascal-Alex Vincent, "Joueuse" de Caroline Bottaro (Prix BeTV), "Unmade Beds" d’Alexis Dos Santos Même "Somewhere Between Here and Now" (Prix TeleNet) évoque le cosmopolitisme de Bruxelles et interroge le sentiment d’appartenance à un lieu (lire ci-contre).

"Mammoth" de Lukas Moodysson (sortie le 8 juillet), porte le débat à l’échelle planétaire, filmé sur deux continents (Amérique du Nord et Asie) avec un acteur d’un troisième (Amérique latine) et une production européenne. Pas convaincant à nos yeux, mais suffisamment consensuel pour décrocher le prix du public. La confirmation, en tout cas, que le cinéma sans frontière a trouvé ses citoyens. De quoi rendre un peu plus pertinente l’étiquette européenne du Festival du film de Bruxelles.