L’expérience de l’immigration

H. H. Publié le - Mis à jour le

Vidéo
Cinéma

Le titre pose d’emblée question : qui est cet "Envahisseur" ? La première scène du premier long métrage de Nicolas Provost est tout aussi provocante. Le jeune cinéaste y confronte deux esthétiques. Première image : une femme nue, les jambes écartées, sur une plage, citation explicite de "L’origine du monde" de Courbet. Elle se lève, s’avance lentement, déhanchant sa silhouette parfaite vers une forme humaine refluée par la mer. Une image, elle, trop vue dans les journaux télévisés, sur l’île de Lampedusa ou ailleurs En moins de cinq minutes, le jeune cinéaste flamand a résumé sa démarche : remettre en question les préjugés du spectateur vis-à-vis de l’immigration en offrant de son sujet une vision non pas politique ou sociale, mais bien artistique.

S’il s’agit de son premier long métrage, le Gantois Nicolas Provost n’est pas un inconnu pour autant. Présentés dans les plus grands festivals du monde, ses courts métrages sont les œuvres d’un vidéaste reconnu, parfois renversantes de beauté et de lucidité sur la société contemporaine. Ainsi, le génial "Plot Point" et son ballet de voitures siglées NYPD dans les rues de New York, qui empruntaient aux codes du thriller pour décrire une société policée, méfiante, paranoïaque. Ce jeu sur les codes du cinéma est à nouveau au cœur de "L’envahisseur".

Passé une scène d’ouverture marquante et un beau générique totalement expérimental, le film débute comme un drame social. On se croirait presque dans un film des frères Dardenne. Arrivé à Bruxelles, Amadou (excellent Isaka Sawadogo) est exploité par des marchands de sommeil et travaille dur pour venir en aide à son ami Omar (le dernier rôle de Dieudonné Kabongo, mort il y a quelques semaines) Mais à mesure que le film avance, Nicolas Provost choisit d’explorer d’autres genres, glisse progressivement vers le film noir, le thriller psychologique avant de finir dans un cauchemar aux résonances fantastiques.

L’exercice de style est intéressant, le jeune homme ne manque assurément pas de talent, mais impossible de réellement entrer dans "L’envahisseur", film totalement glacial. Difficile, en effet, d’avoir une quelconque empathie pour un antihéros de plus en plus inquiétant à mesure que se développe sa relation avec Agnès (Stefania Rocca), jeune femme belle, blonde, riche. Bref, le fantasme absolu d’un Africain qui rêve d’intégrer le "paradis" occidental. Un univers qui lui reste évidemment inaccessible. Dès lors, Amadou n’est plus cet immigrant illégal qui tente de s’en sortir, il devient l’"envahisseur", représentant de cette masse informe qui frappe aux portes de l’Europe et qui ne fera que grossir dans les années à venir

A force de vouloir choquer le spectateur, Nicolas Provost livre un film très ambigu sur la question de l’immigration. Comme en témoigne un final étrange, aussi impressionnant que la scène d’ouverture, assez difficile à encaisser si on le lit au premier degré. Mais ce qui dérange le plus dans la démarche du jeune cinéaste, c’est la distance qu’il prend avec son sujet. Un sujet qui ne sert finalement que de prétexte aux expérimentations formelles, seule chose qui semble réellement intéresser Provost.

H. H.

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