Cinéma Envoyé spécial à Berlin

On l’a évoqué : la 59e Berlinale inaugure à sa façon une année 2009 qui commémore la chute du Mur de Berlin. La partition de l’Allemagne fut une conséquence directe de la Seconde Guerre mondiale et du nazisme. Et la Berlinale, reflet des tendances du cinéma comme tout festival, aligne aussi son lot d’œuvres portant leur caméra dans les cicatrices de l’Histoire.

Même si Stephen Daldry martèle à longueur d’interviews et de conférence de presse que "The Reader" ("Le liseur") n’est pas un film sur l’Holocauste, il l’évoque immanquablement. Mais il est vrai que le film, adapté du best-seller du romancier allemand Bernhard Schlink, dépeint d’abord l’Allemagne d’après-guerre, à travers la romance entre un adolescent de quinze ans, Michael (David Kross) et une femme deux fois plus âgée que lui, Hanna (Kate Winslet), qui cache deux lourds secrets. Sujet délicat et transposition difficile - réussie, à nos yeux, par Daldry et son scénariste David Hare - "Le liseur" offre à Winslet son deuxième grand rôle du moment, avec "Revolutionary Road" et sa route vers les oscars - et, déjà, un film que l’on aimerait voir au palmarès.

Si l’on glose beaucoup sur les scènes d’amour entre l’actrice et le jeune David Kross - à peine 18 ans au moment du tournage - l’équipe du film a tenu, à raison, à rappeler que l’essentiel est ailleurs. "Personne n’y prend un grand plaisir, mais" it’s part of the job". " - "cela fait partie du métier" - a martelé une Kate Winslet ferme et sereine face à des questions parfois déplacées. Elle a récolté une salve d’applaudissements en déclarant assumer l’attention excessive accordés par certains à sa nudité : "Je ne peux pas être frustrée ou en colère à cause de ça, cela reviendrait à être en colère contre ma célébrité", a-t-elle affirmé. L’actrice a surtout tenu "faire honneur au roman et au scénario" en parvenant à traduire, pratiquement sans mots, "le conflit intérieur d’Hanna".

Dans la Berlinale Special, section parallèle, Paul Schrader a également apporté un regard radicalement neuf sur l’Holocauste avec "Adam Resurrected". Comment survivre lorsqu’on a, littéralement, vécu comme un chien sous la domination d’un chef de camp sadique ? Adam Klein (Jeff Goldblum) n’y parvient qu’en séjournant régulièrement dans un sanatorium. Ancien homme de scène adulé, il transforme son quotidien en spectacle, alternant les masques pour tenter d’exorciser ses démons. En 1969, le roman de Yoram Kaniuk, dont le film est une adaptation, fut vivement contesté en Israël. Le film dérange tout autant, par la violence triviale de la déchéance d’Adam, par l’humour grinçant qui surgit par instant. Schrader assume pleinement le propos, servi par un Goldblum qui rappelle ici combien il est trop rare sur les écrans. Mais si Schrader reste un scénariste roué, il manque comme réalisateur d’une inspiration à la hauteur de l’ambition du propos.