Cinéma Dans les coulisses de la campagne présidentielle de 2017 du porte-parole de la France Insoumise.

Si on n’est pas au second tour, ça va faire pas mal de déçus. Et moi aussi d’ailleurs, car je me suis fait à l’idée…" A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle française de 2017, Jean-Luc Mélenchon croit dur comme fer qu’il va se qualifier. Un livre à paraître ("Mélenchon à la conquête du peuple" de Lilian Alemagna et Stéphane Alliès) raconte d’ailleurs comment et avec qui le leader de la France Insoumise se préparait à gouverner la France. Cette confidence, "Méluche" la fait à Gilles Perret, dans son dernier film "L’insoumis".

Se demander si "L’insoumis" est un portrait hagiographique de Mélenchon a peu de sens. Il ne l’est ni plus, ni moins, que les deux documentaires sur Macron signés Bertrand Delais (dont "Macron président, la fin de l’innocence", diffusé lundi dernier sur France3), qui lui ont valu d’être nommé il y a peu… à la tête de LCP (La chaîne parlementaire).

Cette question de la proximité, Gilles Perret ne la cache pas mais il l’écarte d’emblée, expliquant en voix off à la première personne "d’où il parle". Mélenchon et le cinéaste se connaissent, ils se sont rencontrés à l’occasion de ses deux derniers films, "Les jours heureux" en 2013, sur le programme du Conseil national de la résistance, et "La sociale" en 2016, sur l’histoire de la sécurité sociale. Tous deux partagent une même vision politique. C’était la condition sine qua non afin que naisse la relation de confiance nécessaire pour que Mélenchon accepte la caméra de Perret durant toute sa campagne, du 12 février au 23 avril. Au soir de ce premier tour où le candidat insoumis n’a pu se résoudre à appeler à voter Emmanuel Macron (une séquence absente de ce documentaire).


Durant ces deux mois, ce qu’enregistre "L’insoumis", ce ne sont pas tellement les discours enflammés, holographiques ou non, devant des assistances de plus en plus fournies - jusqu’à 100 000 personnes à Paris et 70 000 à Toulouse. Ce que filme Perret, c’est l’envers du décor, les selfies avec les contrôleurs dans le TGV, l’attente dans les loges, les confidences politiques en salle de maquillage, les réunions stratégiques avec son équipe de campagne…

Et le Mélenchon que dessine ce portrait intime n’est pas celui qu’on voit habituellement dans les médias. Loin de ses coups de gueule, on découvre un homme souriant, bon vivant (qui préfère parfois parler de la qualité du Comté plutôt que du dernier sondage), l’intellectuel cultivé qui, sur le Forum de Rome, disserte de la lutte entre praticiens et plébéiens, pour se revendiquer au passage comme un tribun du peuple. On découvre aussi un homme sensible, au bord des larmes quand un docker du Havre lui offre son casque de chantier. Tandis que, lorsqu’il quitte le plateau de "C’est à vous" sur France 5, où l’accueil des journalistes a été particulièrement retors, ce n’est pas un homme en colère que l’on entraperçoit, mais un homme profondément dépité, voire triste.

Sans musique, sans commentaire, réalisé de façon très sobre, "L’insoumis" est une plongée dans les coulisses d’une campagne électorale un peu folle, qui a vu Mélenchon échouer sur la quatrième marche avec 19,6 % des suffrages (alors qu’il partait avec moins de 10 % d’intentions de vote) et plus de 7 millions de voix. C’est aussi un film sur la lutte entre Mélenchon les médias. Où l’on comprend sa stratégie de contournement, via le succès de sa chaîne Youtube (375000 abonnés et des dizaines de millions de vues) ou le lancement par ses proches de la télé en ligne "Le Média".

Que l’on soit proche ou non des idées de Mélenchon, difficile de rester indifférent face à un tel personnage, à un tel animal politique, dans un film drôle et vif, qui réussit à capter la politique, en réflexion et en action.

Scénario & réalisation : Gilles Perret. Montage : Stéphane Perriot. 1 h 35.

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