Cinéma Une approche ultra-complaisante de ce que la nature humaine a de pire…

Allemagne, avril 1945. La guerre est perdue. Les déserteurs se comptent par milliers. Ils pillent les villages, tentant de survivre dans le froid jusqu’à l’arrêt des combats. Au plus grand dam de la Wehrmacht, qui aimerait préserver un semblant d’ordre en ces dernières heures du régime nazi. Jeune brigadier d’à peine 20 ans, Willi Herold (Max Hubacher) fait partie de ces pauvres hères qui tentent de sauver leur peau. Traqué comme un animal sauvage par une patrouille allemande, le déserteur réussit à se planquer et à échapper à ses poursuivants.

Dans une voiture abandonnée, il trouve une valise contenant les affaires d’un capitaine (Hauptmann) de la Luftwaffe, qu’il s’empresse d’endosser. L’habit faisant le nazi, il embarque avec lui d’autres déserteurs, jusqu’à se constituer une petite troupe prête à tout pour survivre à la débâcle en se faisant passer pour un commando en mission spéciale pour Hitler lui-même. Même au prix (et peut-être surtout) des pires atrocités… Jusqu’a plonger aux tréfonds de la folie quand Willi se transforme en Ange exterminateur au service du Führer.

L’histoire est tellement incroyable qu’on a du mal à la croire vraie. Et c’est de là, sans doute, que naît le malaise face à "Der Hauptmann". Le film prétend retracer les derniers jours d’un simple soldat transformé par les circonstances en un atroce criminel de guerre. Le projet est ambitieux et le personnage passionnant. Malheureusement, Robert Schwentke cherche d’abord et avant tout à faire du cinéma. Noir et blanc léché, références à gogo (de l’expressionnisme allemand à "Apocalypse Now"). Mais n’est pas Lazlo Némes (le réalisateur du "Fils de Saul") qui veut. Il ne suffit pas d’une idée de mise en scène forte pour faire un bon film. Et le cinéaste allemand accouche même d’un film profondément immoral.

On comprend rapidement qu’à travers ce personnage d’usurpateur, Schwentke entend décrire le pire de la nature humaine. Soit. Mais fallait-il le faire avec une telle complaisance ? Que ce soit dans l’utilisation de la violence, du suspense, des personnages (notamment féminins), de ralentis dégueulasses. Il parvient en effet à signer un film aussi sale et dégoûtant que la réalité qu’il entend décrire. Jusque dans un final racoleur qui finit par donner la nausée tant les intentions du cinéaste paraissent fausses, tant tout semble pensé pour faire du cinéma. Comme ce personnage de second du Capitaine, Freytag, sorte de Vendredi accompagnant Robinson dans cette triste exploration de la débâcle de l’Allemagne nazie.

Formé à Hollywood, Schenke a signé des films aussi insignifiants que "Flight Plan" en 2005, avec Jodie Foster, ou la bluette "Hors du temps" avec Eric Bana et Rachel McAdams. Avant de se voir confier les deux derniers épisodes de la saga "Divergente". Et il se comporte ici comme un simple faiseur hollywoodien, inondant l’écran de son prétendu talent de metteur en scène. Face à "Der Hauptmann", on ressent le même malaise que face à "Inglourious Basterds" de Tarantino. Le talent en moins…


© IPM
Scénario & réalisation : Robert Schwentke. Photographie : Florian Ballhaus. Musique : Martin Todsharow. Montage : Michal Czarnecki. Avec Max Hubacher, Milan Peschel, Bernd Hölscher… 1 h 59.