Cinéma

Samedi soir, Meryl Streep annoncera le nom du 66e Ours d’or. Et il y a peu de chance que ce soit l’un des deux derniers films montrés vendredi en compétition… Même si United States of Love est un essai émouvant, qui clôt le festival sur un cri d’amour désespéré.

Tomasz Wasilewski filme ici trois femmes follement amoureuses sans être payées en retour, à un moment clé de l’histoire de la Pologne. Le film se déroule, en effet, en 1990, dans une banlieue terne, en pleine transition du communisme vers le capitalisme.

La grisaille d’une époque

Pour son troisième long-métrage, le cinéaste polonais a choisi de travailler avec Oleg Mutu, le directeur de la photographie du Roumain Cristian Mungiu (notamment sur "4 mois, 3 semaines, 2 jours"). Ensemble, ils créent une image aux couleurs passées pour recréer la grisaille de l’époque, où l’on découvrait le cinéma hollywoodien sur de vieilles VHS, où l’on s’achetait les premiers jeans…

Porté par quelques scènes très fortes, "United States of Love" est un film dur, s’attachant à trois femmes incapables de trouver l’amour, que ce soit auprès d’un jeune prêtre séduisant, d’un vieil amant ou d’une ancienne Miss reconvertie en prof de danse. Et malgré la distance et la froideur imposées par la mise en scène, Wasilewski signe trois portraits de femmes très touchants.

Malheureusement, le réalisateur ne parvient pas à faire le lien avec la dimension politique qu’il souligne à travers tout son film. On voit l’idée : le vent de changement qui souffle sur le pays pousse ces femmes à faire des choix dans leur vie. Mais on ne comprend pas vraiment en quoi cette période particulière de l’histoire polonaise serait spécifiquement liée à un besoin d’amour. Ces personnages blessés par la solitude pourraient tout aussi bien évoluer aujourd’hui, par exemple…

Dans le désert iranien

Dernier film présenté, hier soir, à la Berlinale, A Dragon Arrives ! est une surprise venue d’Iran. Et pas vraiment une bonne surprise… Pour son sixième long métrage, Mani Haghighi (notamment connu pour avoir signé le scénario de "La fête du feu" d’Asghar Farhadi) s’inspire de faits réels datant de 1965. Ou l’enquête d’un flic sur le faux suicide d’un prisonnier politique, au lendemain de l’assassinat du Premier ministre iranien.

Volontairement grotesque, Haghighi mélange parodie, faux documentaire et hommage très appuyé au cinéma hollywoodien, avec notamment une Chevrolet Impala orange roulant dans un désert ressemblant à Monument Valley. Ce mélange improbable se révèle totalement indigeste. L’une des entrées les plus faibles de la compétition…


Et l'Ours d’or est attribué à…

La Compétition est désormais close. Qui succédera au "Taxi Téhéran" de Jafar Panahi ? Plutôt d’un bon niveau, cette Berlinale offre de nombreuses options au jury. Sera-t-il sensible au geste artistique et à l’ambition du Philippin Lav Diaz, dont A Lullaby to the Sorrowfull Mystery fut l’un des moments marquants du festival, à cause de sa beauté mais aussi sa durée (près de 8 heures) ? S’il veut rester fidèle à la vocation politique de la Berlinale, il pourrait sacrer l’un des deux documentaires : l’impressionnant Zero Days d’Alex Gibney (sur la cyberguerrre) ou le grand favori des pronostics, Fuoccoammare de l’Italien Gianfranco Rosi, sur la crise des réfugiés à Lampedusa. Sur ce thème, qui a traversé tout le festival, l’Iranien Rafi Pitts a également séduit avec le radical Soy Nero, sur un jeune Mexicain prêt à tout pour décrocher la carte verte qui lui permettrait de vivre légalement aux Etats-Unis. 

A moins que les jurés ne privilégient l’émotion, celle de 24 semaines de l’Allemande Anne Zohra Berrached, sur le cruel dilemme d’une femme enceinte d’un enfant trisomique se demandant si elle doit avorter à six mois de grossesse ? Dans ce rôle poignant, l’Allemande Julia Jentsch a impressionné et pourrait bien remporter son second Ours d’argent, 11 ans après "Sophie Scholl". Tout comme Isabelle Huppert, géniale dans L’avenir de Mia Hansen-Love… Tandis que la prestation de Trine Dyrholm dans The Commune de Vinterberg a également été très applaudie. 

Du côté des hommes, les jeux semblent plus ouverts. S’il cherche la nouveauté, le jury pourrait récompenser le duo formé par Kacey Mottet Klein et Corentin Fila dans le superbe Quand on a 17 ansd’André Téchiné. Ou le jeune Majd Mastoura, épatant dans le très beau Hedi , premier film Mohamed Ben Attia. 

Du côté de la mise en scène, la Française Mia Hansen-Love pourrait sortir son épingle du jeu. Tout comme le Portugais Ivo M. Ferreira, qui signe d’envoûtantes Lettres de guerre , ou le Chinois Yang Chao avec le poétique Crosscurrent … Réponse samedi soir.