Cinéma

La carte `illimitée´ UGC a pris tout le monde par surprise. `Nous voulions réserver la surprise à nos clients´, dit l'UGC. Jeudi, les amateurs de cinéma ont été surpris de voir dans toutes les salles UGC de Bruxelles (26 écrans) de Louvain la Neuve (13 écrans) et d'Anvers (17 écrans) un stand vantant et vendant la nouvelle carte. Pour 14,9 € par mois, ses possesseurs pourront voir tous les films qu'ils souhaitent dans les salles UGC: `Il y a 300 séances par jour sur les 56 écrans de la chaîne. Les gens qui voient au moins trois films par mois y gagnent. Au-delà de trois films par mois, les autres sont gratuits´. `On pourra revoir le dernier James Bond aussi souvent qu'on veut mais découvrir le dernier Aki Kaurismaki en version originale, faire la part belge aux films belges, tout cela pour un budget mensuel fixe de 14,9 €´, écrit André Harvie, directeur d'UGC Belgium.

La carte est annuelle. Il faut s'abonner pour au moins un an. Et après le 31 janvier, il faudra payer en plus un montant forfaitaire de départ de 30 € (pour payer les frais d'activation). Jeudi, dit l'UGC, l'accueil du public fut excellent et de nombreuses cartes ont déjà été vendues.

On sait que l'introduction de cette carte en France avait suscité une intense polémique au nom de la diversité culturelle. Les `petits´ exploitants de salles craignaient d'en être les victimes. Et que les clients au lieu de diversifier leurs choix dans plusieurs salles, ne fréquentent plus qu'une seule chaîne. Au risque que les films délaissés par UGC soient écrasés et que les petites salles qui prennent des risques soient perdantes. Hier déjà, le cinéma Vendôme directement concerné par la concurrence d'UGC réagissait: `Sans concertation, sans états d'âme à la stupeur de tous, exploitants comme distributeurs, le groupe UGC a lancé sa carte. Les salles indépendantes se trouvent ainsi menacées dans leur existence. Que feront les pouvoirs publics pour nous aider à maintenir un cinéma d'auteurs face aux grands groupes qui ont déjà la suprématie du paysage cinématographique belge´.

Les distributeurs directement concernés puisque leurs revenus sont calculés sur base des tickets payés, n'ont nullement été avertis et préparent leur réponse. Le ministre des affaires économiques Charles Picqué, visiblement `irrité´, regrette que cette carte soit lancée sans aucune concertation alors qu'il en avait initié une, il y a plus d'un an sur ce thème. Il analysera en détail la légalité de cette opération sur base des pratiques de commerce, de la protection des petits exploitants et des petits distributeurs.

Chez le grand concurrent, Kinepolis, on n'envisage nullement de lancer une telle carte, estimant sur base de l'exemple français qu'elle crée beaucoup de problèmes: "Comme cela ne coûte plus rien, les gens entrent et sortent des salles, pour un rien´. On préfère des programmes de fidélisation par cibles (famille, jeunes, seniors) `. L'UGC répond à ces critiques en estimant sur base de l'exemple français qu'une carte illimitée dope la fréquentation des salles (nous allons moins au cinéma que les Espagnols et deux fois moins que les Américains) et que ce `dopage´ profitera à tous. Le débat est bien lancé!

© La Libre Belgique 2002