Cinéma Après Melville, Nicolas Boukhrief signe une nouvelle adaptation du Prix Goncourt 1958, placée sous le signe de l’ennui.

Publié en 1952 et récompensé la même année du prix Goncourt, le roman de Béatrix Beck "Léon Morin prêtre" avait été porté neuf ans plus tard au grand écran par Jean-Pierre Melville. Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva se livraient à une joute intellectuelle, entre une militante communiste et le nouveau curé d’une petite ville du nord de la France occupée par les Allemands. Entre jeu de séduction et conversations autour de la foi, l’alchimie était parfaite entre deux comédiens épatants.

Cinquante-six ans après Melville, Nicolas Boukhrief a souhaité adapter à nouveau l’ouvrage. Le problème, c’est que les mœurs ont quand même bien changé en un demi-siècle et que cette passion amoureuse platonique apparaît aujourd’hui nettement moins sulfureuse…

Deux ans après "Made in France", film sur le terrorisme resté invisible en salles suite aux attentats de Paris, l’ancien critique de cinéma découvert comme réalisateur avec "Le convoyeur" en 2004 a visiblement senti le besoin de tourner la page des thrillers musclés à la française. Mais Boukhrief débarque dans le drame intimiste comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Sa mise en scène est aussi appuyée que sa reconstitution historique sent la naphtaline (on se croirait dans un mauvais épisode d’"Un village français"). Sans parler des "trucs" scénaristiques à deux francs six sous, comme d’enchâsser le récit dans la confession de cet amour interdit faite par l’héroïne sur son lit de mort à un jeune prêtre.

Surtout, la direction d’acteurs est franchement à côté de la plaque. A moins que l’on frôle la double erreur de casting. Découverte dans "Jeune et jolie" d’Ozon, Marine Vacth est toujours aussi jeune et jolie, mais adopte en permanence la même mine renfrognée et la même moue hautaine. Elle est d’une telle froideur - il faut dire qu’elle ploie sous le poids de l’Histoire, cachant une famille juive chez elle - qu’on ne voit pas bien ce que peut lui trouver l’abbé Morin. Petit sourire en coin ravageur, barbe bien taillée, Romain Duris fait tomber toutes les filles du village comme des midinettes. Par contre, quand il est question de religion ou de faire un sermon en chaire, tout charisme s’est envolé. Le comédien est incapable de faire passer la Grâce. Le voir convertir une athée convaincue avec un petit dessin au tableau et deux ou trois tours de passe-passe semble du coup bien peu crédible…

Car sur ce tableau-là, lui aussi surjoué, de la joute verbale autour de la foi, cette interminable "Confession" est d’une incroyable indigence. Ni intellectuellement ni sensuellement, le spectateur n’est stimulé à aucun moment.


Scénario & réalisation : Nicolas Boukhrief (d’après de roman de Béatrix Beck). Photographie : Manu Dacosse. Musique : Nicolas Errèra. Avec Marine Vacth, Romain Duris, Anne Le Ny… 1h56.