Cinéma

Fin de la huitième semaine de préparation du tournage de "Panique au Village" au studio Beast Animation, à Bruxelles, où se réalise le film d'animation en "figurines animées" de Stéphane Aubier et Vincent Patar. De retour du Festival du Film d'Animation d'Annecy, dont ils ont réalisé la bande-annonce et où les créateurs du Bénélux étaient à l'honneur, le tandem travaille d'arrache-pied à la mise au point de l'animatique. Ce montage brut du story-board, avec bande-son témoin, est un outil indispensable, comme nous l'explique Anne-Laure Guégan, monteuse régulière des productions de La Parti ("Calvaire", "Aaltra", "Ça m'est égal si demande n'arrive pas" et, bien sûr, la série "Panique au Village"). "Il faut que la durée de chaque scène soit précise, afin que les animateurs sachent exactement ce qu'ils doivent animer. En montant les images du story board, avec le son, on voit ce qui ne va pas. Cela permet aussi de savoir précisément quand il faut un plan large, un plan rapproché, etc." Bref, en cinéma d'animation, on monte le film avant de le tourner : cela permet d'éviter de tourner des plans inutiles ou, au contraire, de ne pas tourner des plans nécessaires à la compréhension.

Pendant ce temps, le reste de l'équipe, réparti en différents départements, prépare le tournage proprement dit. Ici, ce n'est pas une production américaine, avec deux à trois cents intervenants. Un "département", peut se résumer à une seule personne, comme Marion Charrier, qui moule et sculpte des figurines dans des positions introuvables sur celles fabriquées pour le commerce. Ben Tesseur, premier assistant-réalisateur et codirecteur de Beast Animation, nous montre par exemple la décomposition d'un galop de Cheval. "Dans la série, ses mouvements étaient plus saccadés. Au grand écran, nous avons besoin de plus de fluidité" rappelle-t-il.

Du croquis à l'image

Pour les décors aussi, il faut voir plus grand. "Pendant que nous étions avec Vincent et Stéphane au Festival d'Annecy, Marc (Nis) a construit des maquettes des décors pour la partie du film qui se passera au pôle Nord". Il y en a de trois types. Certains sont très bruts, grossièrement découpés dans du carton et à taille réduite. "Ça permet de se faire une idée en trois dimensions du décor dessiné par Vincent et Stéphane. Si ça correspond à leur attente, on les fait à taille "réelle". Entendez : à l'échelle des figurines qui seront animées. Pour passer à l'acte, Zoé Goetheluck manie le cutter et la lime convertissant en décors champêtres des blocs de frigolite, de bois et des panneaux de carton. "Nous avons aussi quelques décors à taille "Airfix", poursuit Ben, en référence à une célèbre marque de modèles réduits à l'échelle 1/72e. Ceux-ci sont nécessaires pour des plans d'ensemble plus vastes. "Le générique du film se déroulera alors que Facteur pédale tout au long d'une route sinueuse vers la maison de Cheval. Manu (Talbot, l'un des animateurs-accessoiristes-infographistes avec son frère Laurent, NdlR) a fait une simulation du décor en 3D sur ordinateur. On arrivait à une taille de 11 mètres sur 6 mètres. Avec de telles tailles, on aurait terminé à travers chez le voisin !"

A côté des décors "extérieurs", il y a les décors "intérieurs" : les pièces de la maison de Cheval, la grotte d'Ours, nouveau personnage. Là aussi, par rapport à la série, on gagne en précision. Olivier Pesch a créé la chambre de Cheval, revu celle de Coboy et Indien... La méthode de création est la même pour tous les départements : "Stéphane fait des dessins pour préciser ce que Vincent et lui veulent. A partir de là, les décorateurs bricolent. Les décorateurs et les accessoiristes doivent parfois faire preuve d'imagination pour arriver au résultat".

Pierre Wilock est, lui, en charge du département "petits mécanismes". Aubier et Patar sont friands de ses inventions farfelues ou des objets mécaniques, source de gag et d'action en tout genre. Pour l'instant, Olivier travaille sur le tracteur de Steven dont le capot doit s'ouvrir ou dont la carrosserie doit pouvoir "bouger" pour simuler les tressautements de la suspension. Aux dessins de Stéphane, il ajoute ses propres plans. Une fois une mécanique créée, elle passe un test d'animation sous la houlette de Steven de Beul, troisième chef animateur.

Même si la liste des éléments à fabriquer est encore longue, ils s'accumulent sur les étagères du studio. "Panique au Village" prend tout doucement corps. Ben ne cache pas sa satisfaction sur l'émulation de l'équipe : "dès que quelqu'un va plus loin, les autres renchérissent".

Les photos de plateau de Panique au village, cette semaine sur le blog du tournage du film

http://paniqueauvillage.blogs.lalibre.be/