Cinéma Un premier film délicat signé par deux jeunes cinéastes argentines.

Arrivée à Buenos Aires à 20 ans pour travailler chez une riche famille, la Chilienne Teresa n’a pas eu une vie trépidante… Elle a toujours bien fait son travail et élevé le fils de la maison comme si c’était le sien. Pourtant, quand la famille décide de déménager, elle se sépare d’elle. Ou plutôt l’envoie à 700 km de là, à San Juan, pour travailler chez les beaux-parents du jeune homme. A 54 ans, Teresa n’a pas d’autre choix que d’accepter…

Lors du voyage vers sa nouvelle vie, le car tombe en panne en plein milieu du désert. Les voyageurs trouvent refuge dans un village connu pour son pèlerinage. On vient en effet ici de toute l’Argentine pour prier la Difunta Correa, une figure du folklore local. Alors que la tempête se lève, les marchands ambulants plient rapidement boutique. Un peu trop vite. Teresa a en effet oublié son sac dans le camion de l’un d’eux. Obligée de passer la nuit sur un banc, elle se met le lendemain matin à la recherche de son forain, surnommé "El Gringo"…

Présente cette année à Un certain regard à Cannes, "La fiancée du désert" est le premier film des Argentines Cecilia Atán et Valeria Pivato. Et l’on sent cette patte féminine dans ce joli portrait de femme. Avec beaucoup de délicatesse, elles tissent en effet de façon impressionniste les fils d’une vie ordinaire, que l’on découvre au travers de bribes de dialogue et de flash-back. Ce que recomposent minutieusement les cinéastes, c’est le destin d’une femme qui n’a jamais eu aucune prise sur son existence. Non qu’elle ait été exploitée par ses patrons, qui l’ont toujours traitée avec respect. Simplement, sa condition sociale, le fait qu’elle loge dans une petite chambre à la cave d’une maison bourgeoise, l’ont empêché de vivre sa propre vie.

Ce que conte "La fiancée du désert", c’est donc cette parenthèse enchantée dans le désert. Ce moment où le hasard (ou la Defunta Correa) vient bousculer les choses en faisant s’écraser sur le pare-brise d’un car une mouette perdue en plein milieu de la pampa. Qui vient faire se lever une tempête pour permettre la rencontre de deux solitudes. Bref, qui vient ouvrir l’horizon et laisser penser que la vie peut encore réserver des surprises.

Face à l’acteur argentin Claudio Rissi, assez savoureux et juste dans le rôle d’un cow-boy moderne et maladroit, on retrouve la Chilienne Paulina García, plus en retrait (sans doute un peu trop par moments) que dans le génial "Gloria" de Sebastián Lelio, ou elle interprétait déjà une quinquagénaire qui remettait en cause sa façon de vivre.


© IPM
Scénario & réalisation : Cecilia Atán & Valeria Pivato. Photographie : Sergio Armstrong. Montage : Andrea Chignoli. Avec Paulina García, Claudio Rissi… 1h25.