La force de la nature et du silence

Stéphanie Grofils Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Faut-il s’enfermer dans ses rêves d’enfant pour surmonter la réalité ? Bavo Defurne pose la question dans son premier long métrage basé sur le livre d’André Sollie "Nooit Gaat Dit Over". Dans l’arrière-pays de la côte belge, à la fin des années soixante, Pim, un gamin timide et solitaire, vit avec sa mère, Yvette (Eva Van der Gucht), une accordéoniste qui se produit de cabaret en cabaret. Dans les odeurs de graisse de friture et de cigarettes froides, Pim donne un peu de couleur à sa vie en rêvant de princesses et de reines de beauté. Devenu adolescent, c’est de son voisin, Gino, qu’il rêve.

Et lorsque Yvette abandonne sa maison et son fils pour partir avec Zoltan (Thomas Coumans), un beau forain, Pim saisit sa chance et va vivre chez ses voisins. La mère de Gino est une seconde mère pour lui. Mais tandis que Sabrina jette des regards langoureux à Pim, Gino, lui, s’en est allé suivre une jeune fille de l’autre côté de la frontière.

La mer du Nord et ses paysages se font l’écho de la vie intérieure de Pim. Tantôt douce, tantôt impénétrable, tantôt déchaînée, l’eau berce les aventures et les états d’âme de l’adolescent qui avance dans sa vie morose faite de petits riens, d’humiliations quotidiennes et de petites bulles d’espoir. Bavo Defurne, qui a lui-même grandi dans un village près d’Ostende, rappelle la puissance, la force de la nature et du silence déjà présentes dans ses courts métrages ("Le Marin" et "Le feu de camp"). Les lettres, le puzzle, le temps y apportent encore leur lot de sens métaphoriques.

Dans "Noordzee Texas", le réalisateur maintient une tension douce-amère autour de ce jeune garçon qui se confine dans son monde, bâti sur les illusions de l’enfance, pour échapper à la réalité. Il cueille avec minutie et sensibilité tous les petits gestes et attitudes, témoins du ressenti de Pim (Jelle Florizoone). Les corps et les regards parlent d’eux-mêmes, s’interrogent et se croisent timidement, sincèrement. Sabrina, la sœur de Gino, n’a d’yeux que pour Pim. Mais Pim est amoureux de Gino. Dans ces familles décomposées, ces adolescents débrouillards sont-ils voués à l’isolement et au spleen ?

Jelle Florizoone tient un premier rôle des plus prometteurs. Avec peu de mots, peu de larmes, il porte à l’écran toute la finesse d’un personnage sensible, rêveur, secrètement amoureux, et en quête de soi, mais qui assume sa solitude, et tente de surmonter ses désillusions. Un premier film qui marie, avec brio, lyrisme et réalisme social.

Réalisateur : Bavo Defurne. Avec Jelle Florizoone, Eva Van der Gucht, Thomas Coumans, Katelijne Damen, Luk Wyns. Durée : 1h28.

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