Cinéma L’Islandais Hafsteinn Gunnar Sigurðsson s’amuse à gratter le vernis de la banalité…

Début janvier, Hafsteinn Gunnar Sigurðsson présentait son film "Under the Tree" devant une salle archi-comble au Ramdam Festival de Tournai. Ce n’est pas la première fois que le jeune cinéaste islandais visitait la Belgique, où il avait déjà suivi sa compagne, danseuse contemporaine, qui a notamment travaillé avec le chorégraphe anversois Sidi Larbi Cherkaoui.

Est-ce fréquent en Islande de se déchirer autour d’un arbre ?

C’est une histoire qui dépasse largement ces personnages particuliers. C’est une histoire universelle qui pourrait se dérouler n’importe où. Pendant que j’écrivais le scénario, j’étais à Ypres, où ma compagne travaillait. Cela a été une expérience vraiment terrible de visiter le Musée in Flanders Fields. Cela a sans doute fait émerger le thème de la guerre dans le film. La guerre n’est souvent qu’un conflit de voisinage à grande échelle, que ce soit la Corée ou Israël. Un détail peut mener à une horrible escalade; comme ce fut le cas lors de la Première Guerre mondiale, née d’un incident mineur.

On a souvent une image très positive de la démocratie nordique… Avez-vous cherché à faire voler en éclats cette image ?

Oui. L’Islande est un endroit tranquille. Il y a bien sûr des gens qui agissent stupidement, de la violence, mais, heureusement, elle n’est pas commune. En tant que réalisateur, c’était un challenge de construire un thriller autour d’un arbre, symbole de paix, de la famille… Toute l’idée était de s’amuser autour de cela, de cette petite banlieue, où il n’y a pas beaucoup de problèmes en fait.

Et donc, les gens ont besoin de s’en créer ?

C’est un peu ce qui arrive… La mère, par exemple, est un peu folle à cause du traumatisme qu’elle a vécu. Elle devient le cerveau de cette guerre parce qu’elle est épuisée, qu’elle s’ennuie. Mes films précédents, qui étaient des comédies dramatiques plus subtiles, tournaient déjà autour de cela. Ce qui m’intéresse, c’est la vie de tous les jours. Car dans le monde occidental, nos vies sont remplies à 98-99 % de choses banales. J’aime explorer cette banalité du quotidien.

La dernière séquence du film est très impressionnante, très brutale. Comment avez-vous réfléchi à la question de la représentation de la violence à l’écran ?

Comme le thème du film était la guerre, il fallait que cela se finisse dans la violence physique. Et puis qu’on se dise que tout cela n’était finalement pour rien, que cette violence n’avait aucun sens… Je n’avais jamais tourné une telle scène auparavant. Ces deux hommes ne savent pas se battre; cela ne pouvait donc pas être une scène de combat ultra-chorégraphiée… On avait des cascadeurs, qui ont doublé les comédiens pour certaines prises, mais au final, on n’a pas utilisé plus d’un ou deux plans. Les acteurs ont vraiment fait la scène; c’est ce qui lui apporte son réalisme. En écrivant le scénario, je savais qu’avec cette fin, on risquait de bifurquer dans un autre film. Le challenge fut donc que cette scène fasse vraiment partie du film, qu’elle ne semble pas sortir de nulle part.

Vous dites avoir été influencé pour ce film par les sagas islandaises…

Tout le monde lit les sagas en Islande; on a grandi avec. Nous en sommes très fiers car c’est notre contribution à la culture et à l’histoire nordique et même au-delà. Ici, il s’agit d’une variation moderne, même si ça ne saute pas aux yeux si on n’a jamais lu ces sagas. Il y a tout un sous-texte où l’on peut voir plein de références. Dans les sagas, il y a notamment ces personnages féminins puissants qui, comme ici, complotent dans l’ombre, pendant que les hommes mènent l’action.

Comment expliquez-vous le succès, depuis quelques années, du cinéma islandais ?

C’est une cinématographie jeune, qui n’a que 40 ans. Le premier long métrage 100 % islandais date de 1977… L’année suivante, était mis en place le Fonds national pour le cinéma. Après la génération de réalisateurs qui ont fait des films dans les années 80 et 90, nous sommes la première génération qui a grandi en regardant des films islandais. Et puis nous avons vu le monde, avons été éduqués dans les meilleures écoles - j’ai étudié à la Columbia University de New York. C’est un mélange de beaucoup de choses qui explique ce succès.