Cinéma

Tout le monde, ou presque, passe par là. Tom Lanoye, le célèbre écrivain flamand, comme les autres. Mais lui, il a trouvé les mots, en a tiré un livre qui a ému bien au-delà des frontières.

Tout le monde passe par là, ou presque, et personne n’a envie d’aller au cinéma pour revivre ces moments. Hilde van Mieghem a trouvé les acteurs, les scènes, les images pour partager avec les spectateurs, ces sentiments universels.

En sortant de ses chères planches du théâtre amateur, Josée est frappée d’une thrombose. Jan découvre sa mère solidement attachée à un lit d’hôpital où elle se débat comme une furie, incapable de dire un mot. "Cette agressivité est typique de l’AVC", rassure le médecin, qui se montre optimiste sur la capacité de sa patiente à récupérer l’usage du langage.

Pour Jan, voir sa mère devenir une personne étrangère, démente, et sans voix - elle qui occupait tout l’espace à la maison -, était impensable. Est-ce ce comportement extraverti, en représentation permanente, cette façon de parler à travers tout, qui l’a amené à prendre ses distances ? On pense à la mère de "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan.

Jan est déboussolé, incapable d’écrire, accro à sa mère qu’il vient voir tous les jours comme pour rattraper un temps définitivement perdu. Et de s’apercevoir, que sans les mots, on arrive encore à se comprendre, à s’aimer, à entendre l’inaudible aussi : "laisse partir cette vieille femme".

"La Langue de ma mère" raconte ce chemin que tout le monde connaît. L’être cher qui devient méconnaissable. Les informations qu’il faut arracher aux médecins. Ces infirmières qui ont toujours autre chose à faire. Ce renversement qui met les enfants dans la position de parents, et cela peut devenir très perturbant au moment de changer les langes. Cela débouche, en tout cas, sur une danse macabre vraiment poignante. Cette intimité retrouvée réveille les souvenirs, les heureux et les malheureux, tout remonte à la surface, provoquant des courts-circuits, pétant les plombs.

"La Langue de ma mère" raconte le chemin personnel de Tom Lanoye, que Hilde van Mieghem met en scène en toute simplicité, dans une boucherie de Saint-Nicolas. Elle a soigné les décors, confié la musique à Jef Neve en toute discrétion, créer les conditions de jeu idéales pour ses deux acteurs.

Stany Crets incarne le fils avec classe, tendresse, profondeur, désarroi. Viviane De Muynck tient le rôle de sa vie. Avec toutes les qualités, tous les défauts de son personnage. Et quel personnage haut en couleur, tout en énergie, cabotinage, blessure intérieure. Le film avance frontalement tout créant un sentiment de communauté d’émotions fortes, de fraternité même. Le sujet fait peur mais le film fait du bien au final.


© IPM
Réalisation, scénario : Hilde van Mieghem d’après le roman de Tom Lanoye. Avec Stany Crets, Viviane De Muynck, Rik Van Uffelen… 1h45.