Cinéma

Nisha (Maria Mozhdah), 16 ans, est une jeune fille sexy et pleine de vie, qui aime rien tant que traîner avec ses copains, boire un coup, fumer un joint, danser, flirter… Après quoi, elle rejoint en catimini sa chambre dans un HLM de la petite ville norvégienne où elle vit. C’est que ses parents, très stricts, sont bien décidés à l’élever dans la tradition pakistanaise. Dès lors, quand son père Mirza (Adil Hussain) la surprend avec un garçon dans sa chambre, il rentre dans une colère noire. Pour la remettre dans le droit chemin, il décide de l’envoyer dans sa famille… au Pakistan.

Pour son second long métrage après "I Am Yours" en 2013, l’actrice et réalisatrice norvégienne Iram Haq aborde une question très douloureuse. Elle raconte en effet sa propre histoire, celle d’une jeune fille kidnappée par ses parents et forcée de vivre pendant un an et demi au fin fond du Pakistan, dans un pays et une culture qu’elle ne connaît pas. Cette dimension fortement autobiographique apporte évidemment sa grande justesse au film, l’empêchant de verser dans l’exagération ou la caricature, notamment dans le portrait des parents, dont elle tente de sonder les raisons. Car eux-mêmes vivent le même dilemme, partagés entre l’amour de leur enfant et la peur des ragots.


Très dur dans sa dénonciation du poids de la tradition, "What Will People Say" aborde de façon courageuse un sujet très délicat dans la communauté pakistanaise, où l’on ne badine pas avec l’"honneur familial". Les scènes pakistanaises ont d’ailleurs été tournées côté indien, au Rajasthan.

Sur ce thème du tiraillement entre les aspirations à la liberté d’une jeune fille grandissant en Occident et son sentiment de loyauté à sa famille et ses origines, on se souvient évidemment du récent "Noces" du Belge Stephan Streker. Le regard d’Iram Haq, sans doute parce qu’il s’agit de sa propre histoire, de ses propres souvenirs familiaux, est moins clinique, plus chaleureux. Son film n’en est pas moins fort, construit lui aussi comme une tragédie, en axant la mise en scène sur ce sentiment d’oppression d’une jeune fille à qui l’on vole son destin. Un sentiment d’oppression que, grâce à l’efficacité de la mise en scène de la jeune cinéaste, partage sans cesse le spectateur.

Si l’on entre aussi facilement en empathie avec cette jeune fille a priori si éloignée de nous, c’est évidemment que le thème de la liberté à conquérir est universel. C’est aussi grâce au talent naturel de la jeune actrice Maria Mozhdah, bouleversante et toujours juste. Tout comme Adil Hussai, impeccable dans le rôle de ce père incapable de tourner le dos à la tradition et au qu’en dira-t-on dans sa communauté. Quitte à rejeter sa propre fille, qu’il aime pourtant profondément…

Scénario & réalisation : Iram Haq. Photographie : Nadim Carlsen. Musique : Lorenz Dangel Martin Pedersen. Montage : Jesper Bækdal, Janus Billeskov Jansen Anne Østerud. Avec Maria Mozhdah, Adil Hussain, Ekavali Khanna, Sheeba Chaddha… 1 h 46.

© IPM