Cinéma

Les dates étaient calées (du 16 au 22 juin). L’invité d’honneur avait donné son accord (Cédric Klapisch). La rétrospective Melville (à l’occasion du centenaire de sa naissance) était prête. Et on avait prévu de faire "La Fête à Yolande Moreau" (après Guy Bedos en 2016 et même si Jane Birkin avait été annoncée dans un premier temps). Pourtant, l’édition 2017 du Festival du film de Bruxelles (FFB) n’aura pas lieu.

Depuis son lancement en 1974, le festival - qui s’est beaucoup métamorphosé au cours de son histoire - a toujours été soutenu par la Région bruxelloise, via le département "Image de Bruxelles". En 2011, le subside était même passé de 70000 à 100000€. De quoi faire de la Région le plus important partenaire financier du FFB, puisqu’elle apportait près d’un quart du budget annuel.

Surprise et indignation

Mi-février, le couperet est pourtant tombé : le directeur du FFB Ivan Corbisier recevait un courrier officiel annonçant la fin de l’aide régionale. Et ce un mois après que la Fédération Wallonie-Bruxelles - qui avait déjà réduit de moitié son aide l’année dernière - ait, elle aussi, annoncé son retrait. Voilà qui signe l’arrêt de mort de cet événement qui anime le début de l’été à Flagey. Au total, depuis 2015, son budget a été amputé de 170 000 €. Il ne s’en relèvera pas.

A l’issue d’une édition 2016 difficile (baisse de la dotation de la FWB, Euro de foot, crise post-attentats…), Corbisier et son équipe se disaient pourtant satisfaits du succès du festival. La surprise et l’indignation sont donc de mise… Les organisateurs sont soutenus par le Comité du festival (comprenant des personnalités comme Jaco Van Dormael ou Fabrizio Rongione), par l’Association des réalisateurs et réalisatrices de films (ARRF) ou l’Union des artistes, qui ont envoyé, dimanche, un courriel au cabinet du ministre-Président Rudi Vervoort. Dans sa réponse, mardi matin, la Région a confirmé sa décision, rappelant que son subside était "facultatif" et précisant que le festival ne répond plus à ses critères de sélection.

"De gros problèmes organisationnels"

Le cabinet Vervoort justifie sa décision irrévocable en avançant des "éléments objectifs" "partagés par le cabinet Vanhengel" (qui apportait la moitié de la subvention). On parle de "gros problèmes organisationnels", d’"une perte de crédibilité, une diminution de la qualité et une programmation limitée en termes de recherche artistique" et d’une "utilisation très limitée du néerlandais". Ce dernier point semble avoir été déterminant, notamment après un article sévère dans la presse néerlandophone.

Le 10 mars, dans une réponse à une question parlementaire sur le sujet, Vervoort reprochait notamment au festival sa baisse de fréquentation. Il citait le chiffre de 3 562 tickets vendus en 2016, contre 17 000 pour le festival Anima (qui reçoit, lui, deux fois moins de subventions). Ivan Corbisier réfute ce chiffre (ainsi que les autres arguments de la Région). Il parle, lui - avec les préventes aux partenaires, sociétés et aux écoles et avec les activités annexes à la Cinematek ou au Théâtre 140 -, de 10500 tickets vendus, soit près de 1500 de plus qu’en 2015…

Du côté de Flagey, qui accueillait le FFB, le directeur général Gilles Ledure refuse de commenter cette disparition, se bornant à dire qu’il louait simplement ses salles au festival… Seul message qu'il souhaite faire passer: "J'espère juste que la Région n'enterre pas pour autant ses ambitions cinématographiques et que si elle relance un événement d'importance, ce soit en collaboration avec les institutions dont elle a la tutelle..." Traduction: et non pas avec les institutions fédérales de Bruxelles.