Cinéma

Cinéma Avec « Sweet Country », Warwick Thornton signe un western aborigène tenu.

Le racisme est l’un des thèmes qui ne cesse de ressurgir en Compétition au cours de cette 74e Mostra de Venise. C’était à nouveau le cas ce mercredi avec Sweet Country de l’Australien Warwick Thornton. Caméra d’or à Cannes en 2009 pour « Samson et Delilah », le cinéaste d’origine aborigène continue ici d’explorer l’identité des peuplades autochtones d’Australie, dans un western âpre bien reçu sur le Lido…

Le passé de l’Australie en question

Homme à tout faire aborigène auprès d’un pasteur bienveillant et ouvert (Sam Neil), Sam Kelly (Hamilton Morris) abat, par légitime défense, un fermier blanc, ancien militaire alcoolique et cruel. Fuyant avec son épouse dans le bush, il est poursuivi par le sergent Fletcher (Bryan Brown), bien décidé à venger cet affront! Car dans l’Australie du XIXe siècle, lorsqu’un « noir » tue un blanc, justice est vite rendue…

Le récit tragique de « Sweet Country » s’inscrit dans une petite ville de l’Outback, avec son saloon et son poste de police. Tandis que dans les terres avoisinantes, les fermiers considèrent les aborigènes comme une main d’oeuvre corvéable à merci. En optant pour le genre, un western poussiéreux avec ses figures habituelles — le cow-boy, le shérif, le fugitif… —, Thornton ne évite l’écueil du film politique ou du film à thèse. Il reste toujours du côté du cinéma, avec des paysages grandioses, une mise en scène efficace, un récit tenu et surtout de vrais personnages, rattrapés par le destin d’un pays qui s’est construit sur la douleur d’un peuple…

Auscultant avec minutie les liens unissant blancs, aborigènes mais aussi avec les « bâtards », Warwick Thornton interroge en effet sans concession le passé de l’Australie, nation qui, comme les Etats-Unis, trouve son origine dans la violence et la négation de l’identité de ses habitants originels…

© D.R.

Comédie musicale napolitaine

Décidément, la malédiction se poursuit pour le cinéma italien à Venise, qui offre souvent les films les plus pauvres de la Compétition. Ce cru de la Mostra n’échappe pas à la règle. Si « The Leisure Seeker » de Paolo Virzì a ému les festivaliers il y a quelques jours — même s’il s’agit plutôt d’un film américain —, « Une famiglia » et Ammore e malavita renvoient en effet une image guère flatteuse de la production transalpine.

Présenté mercredi, le film d’Antonio et Marco Manetti a enthousiasmé le public italien, certes, mais laissé perplexe la presse internationale. Sans doute faut-il posséder davantage de codes culturels locaux pour savourer à sa juste valeur cette improbable comédie musicale napolitaine sur fond de règlement de compte autour de la mort (simulée) de Don Vincenzo, l’un des boss de la camorra.

Surtout connus pour leur travail à la télévision italienne — ils ont notamment bossé sur le feuilleton « Rex, chien flic » —, les deux frères romains retrouvent à nouveau Naples après « Song 'e Napule » en 2013, le temps d’une farce à prendre au second degré, voire au trente-sixième. Loin d’être détestable, « Ammore e malavita » est une comédie quand même très appuyée, pour le pas dire totalement lourdingue, même si l’on finit par sourire face à quelques gags biens sentis, quelques répliques irrésistibles et l’une ou l’autre chansons amusantes.

On ne comprend tout de même pas pourquoi cette pitrerie s’étire plus de deux heures ni, surtout, ce qu’a bien plus lui trouver le directeur de la Mostra Alberto Barbera pour l’inscrire en compétition! Ce n’est en effet pas ce téléfilm à la réalisation bas de gamme et aux comédiens caricaturaux qui va redonner du souffle à la comédie à l’italienne…