Cinéma

Le Français Xavier Legrand a marqué les esprits avec « Jusqu’à la garde ».

Samedi soir, Annette Bening remettra le Lion d’or de la 74e Mostra de Venise (cf. ci-contre). Et ce ne sont sans doute pas les deux derniers films présentés vendredi en Compétition qui devraient changer la donne. Même si, avec son premier film Jusqu’à la garde, Xavier Legrand a laissé le Lido sous le choc…

Candidat à l’Oscar et César du meilleur court métrage avec « Avant que de tout perdre » en 2014, le jeune comédien français retrouve ici les mêmes personnages et les mêmes acteurs, Léa Drucker et Denis Ménochet. Son film s’ouvre sur une confrontation dans le bureau d’un juge entre une mère exigeant la garde exclusive de ses enfants et un père demandant une garde alternée. Le jugement tombe: malgré les accusations de violence domestiques, l’homme obtient un droit de visite pour son fils…

« Jusqu’à la garde » est entièrement construit autour d’une seule émotion: la peur, qu’on lit dans les jeux et le corps d’un jeune gamin de 12 ans (formidable Thomas Gioria) et dans ceux d’une femme terrorisée à chaque fois qu’elle croise la route de son ex-mari. Entre la frêle Léa Drucker et le costaud Denis Ménochet, le contraste est total et Legrand n’a pas besoin d’en rajouter dans sa mise en scène, très sobre, pour rendre palpable la tension. Débutant comme un drame social très documenté, « Jusqu’à la garde » évolue en effet progressivement vers autre chose, le film glissant vers le genre. Jusqu’à une explosion finale glaçante digne d’un film d’horreur. Mais une horreur tout sauf fantastique, horriblement banale…

Dans la tête de Charlotte Rampling

Coproduction entre l’Italie, la France et la Belgique — le film se déroule et a été tourné à Bruxelles —, Hannah est, lui, le portrait d’une femme (Charlotte Rampling) qui perd pied quand elle se retrouve seule dans l’appartement familial, après avoir été conduire son mari (André Wims) en prison… Ses journées s’écoulent lentement entre son travail comme femme de ménage dans une superbe villa et sa participation à un cours de théâtre amateur…

Pour son second film après « Medeas », le cinéaste italien basé aux Etats-Unis Andrea Pallaoro débute avec « Hannah » une trilogie consacrée à des personnages féminins et au thème de l’aliénation sociale. Ce premier volet ausculte le sentiment de solitude d’une vieille dame dont la vie s’effondre après 30 ou 40 ans de vie commune. Hannah aurait pu être veuve mais ce qui intéresse le réalisateur italien, c’est de mettre en relation l’état mental de son héroïne avec le regard que porte la société sur l’épouse d’un homme condamné pour ce qu’on imagine rapidement être une affaire de pédophilie.

La proposition cinématographique est intéressante,

se concentrant sur l’impossibilité pour le personnage d’exprimer ses sentiments, sinon lorsqu’elle répète dans son cours « Une maison de poupés » d’Ibsen. Et le jeu, intense, de Rampling, qui n’a que peu de dialogues, traduit les affres intérieurs que traverse cette femme dont le monde vient de s’effondrer. Appuyant toujours sur la même note blanche, « Hannah » est malheureusement un peu trop monocorde, filmant la dépression de façon un peu trop dépressive…