Cinéma Vincent Rottiers, intense dans une étude de personnage tenté par la radicalisation salafiste.

Sorti de prison après avoir purgé trois ans pour braquage, Ben (Vincent Rottiers) tente de se réinsérer. Un ami proche (Johan Libéreau) lui offre un boulot de mécanicien dans son garage. Tandis qu’il tente, maladroitement mais sincèrement, de renouer avec son fils Sam, que son ex-femme refuse qu’il voit seul. Converti à l’islam, Ben trouve dans la religion une forme d’apaisement à sa colère, à ses inquiétudes. Mieux, il trouve un sens à son existence. Ce qui ne passe pas inaperçu auprès de certains de ces anciens copains du quartier avec qui il joue au foot, avant d’aller prier… L’influence de ces "frères" se fait de plus en plus grande. Ils l’encouragent non seulement à être de plus en plus pieux mais aussi à inciter son fils à prier, à faire ses ablutions…

Vincent Rottiers se tenant au milieu d’un pont surplombant le canal de Willebroek. Cette image revient comme une métaphore récurrente dans "La part sauvage", premier film du Belge Guérin Van de Vorst. De quel côté doit-il se tourner ? Vers Molenbeek ou vers Bruxelles ? Restera-t-il parmi la société où sombrera-t-il dans la radicalisation en suivant aveuglément la parole de ces salafistes qui, les seuls ou presque, acceptent d’écouter sa douleur, son mal-être.

"La part sauvage" dissèque de façon minutieuse ce dilemme, cette tentation de l’abîme qui habite un homme blessé. Découvert avec des courts métrages décalés comme "Osez la Macédoine" ou "Putain Lapin", Van der Vorst opte ici pour une forme de naturalisme rude pour filmer ce basculement. La lumière est bleutée, les ambiances nocturnes, les coupes nettes. Son film baigne entièrement dans une gravité froide, au diapason du questionnement moral qui déchire ce personnage complexe, qui n’a que peu d’espoir de voir la vie lui sourire. A moins que ? Sa jolie voisine (Salomé Richard) semble en effet s’intéresser à lui…

Refusant trop hâtivement de juger son personnage, le cinéaste belge préfère décrire avec beaucoup de justesse et de détails l’univers dans lequel il évolue, ce Bruxelles qu’on connaît peu, de l’autre côté du canal, ces soupes populaires islamiques de la gare du Nord pour aider les SDF et au passage tenter de les mettre sur la voie d’Allah… Cette façon subtile utilisée pour peser sur les esprits les plus faibles ou fragilisés par la vie. Cela passe par un simple conseil de lecture, un repas ou un changement de nom, Ben étant rapidement rebaptisé Abu Samir (le père de Samir).

A nouveau, Vincent Rottiers est impressionnant de dureté contenue dans le rôle de ce père en colère, de cet homme déchiré, tentant de retrouver sa liberté, sa dignité. Quitte à tout perdre…


© IPM
Scénario & réalisation : Guérin Van de Vorst. Photographie : Joachim Philippe. Musique : Manuel Roland & Maarten Van Cauwenberghe. Avec Vincent Rottiers, Johan Libéreau, Salomé Richard… 1 h 29