Cinéma Quand deux animateurs mettent les tableaux du peintre en mouvement. Bluffant.

C’est pas le tout d’avoir l’idée, il faut encore la réaliser. L’idée est d’entrer dans les tableaux de Van Gogh, de livrer un film d’animation comme si le peintre en avait été l’animateur.

La Polonaise Dorota Kobiela et le Britannique Hugh Welchman attendent le spectateur au café de nuit, sur la place d’Arles. On y reconnaît, près du billard, Armand Roulin dans sa veste jaune et son père, Joseph, le maître des postes à la barbe fleurie. Une lettre de Vincent envoyée à Théo lui est revenue. Alors, il charge son fils d’aller la lui remettre en main propre.

Déjà, la forme est spectaculaire mais le récit qui se prépare n’a rien du biopic Wikipédia auquel on s’attend.

A la façon d’une enquête, Armand remonte les traces de Vincent. Et quelles traces, puisque ce sont autant de tableaux. Chez le père Tanguy, le marchand de couleurs qui fournissait les impressionnistes, il apprend que Théo est mort. "Deux cœurs mais un seul corps" lui explique le commerçant. A qui remettre la lettre alors ? Au Docteur Gachet ? Et de prendre la direction d’Auvers-sur-Oise, là où Van Gogh s’est suicidé devant un champ de blé.

Suicidé ? En se tirant une balle dans le ventre ?

A Auvers-sur-Oise, le récit se transforme carrément en thriller car en rencontrant ceux qui ont bien connu Van Gogh - au point de figurer sur une de ses toiles -, Armand est confronté à des témoignages contradictoires. Il en vient à s’interroger sur la réalité même de ce suicide.

"La passion Van Gogh" est bluffante sur la forme; Dorota Kobiela et Hugh Welchman se servent de la fameuse touche du peintre, de la dynamique de ses couleurs pour insuffler du mouvement dans la toile et rendre vivants une centaine de tableaux. Et puis, quand il s’agit de flash-back, la rupture est franche car des acteurs font leur apparition dans un beau noir et blanc, façon Murnau.

Plutôt inattendu, le récit ne se laisse étouffer par cette forme incroyable, car on est captivé par cette enquête. Même s’il ne s’agit que d’une hypothèse, elle ébranle les certitudes quant au suicide de Van Gogh, elle suggère des raisons à sa fin tragique, elle éclaire des relations entre les différents acteurs du drame dont les visages nous sont familiers par les œuvres. Et, notamment, ce bon Dr Gachet aux motivations troubles.

Les toiles de Vincent Van Gogh respirent la passion, celle de Dorota Kobiela, Hugh Welchman et toute leur équipe aussi. Elle était indispensable pour faire aboutir ce projet fou.


© IPM
Réalisation, scénario : Dorota Kobiela et Hugh Welchman… 1h35.