Cinéma Cédric Kahn signe une plongée très digne et sobre au cœur d’une communauté religieuse.

Après Xavier Giannoli dans "L’apparition", c’est au tour de Cédric Kahn d’aborder le sujet de la foi dans "La prière". Et ce à travers le parcours de Thomas, un gamin de 22 ans qui rejoint une communauté dans la montagne accueillant de jeunes hommes venus ici affronter leurs démons et leur addiction à la drogue avec comme seules armes le travail des champs et la prière. Pour l’aider, Thomas est accompagné de son "ange gardien", Pierre (campé par l’excellent Damien Chapelle, danseur et comédien liégeois vu notamment dans "Métamorphoses" de Christophe Honoré)…

Après "L’ennui", "Roberto Succo", "Une vie meilleure" ou "Vie sauvage", son dernier film en 2014, Cédric Kahn (que l’on a vu il n’y a pas longtemps comme acteur dans "L’économie du couple" de Joachim Lafosse) continue d’exprimer une voix pour la moins personnelle dans le cinéma français. A chaque fois, il choisit en effet des destins atypiques d’hommes ou de femmes en rupture avec la société et cherchant d’autres voies pour se construire. Le personnage de "La prière" n’échappe évidemment pas à la règle. Violent, marqué par une colère sourde, celui-ci se débat pour tenter de trouver une forme d’apaisement intérieur, qui passe ici par une vie vidée de la présence de soi, entièrement dévouée aux autres et à Dieu.

Cette communauté, Kahn l’observe sans aucune ironie, à travers les yeux de son héros (campé par le jeune Anthony Bajon, la révélation du film). Celui-ci la toise d’abord avec distance, voire mépris, avant de se laisser porter petit à petit par son rythme, sa bienveillance, sa camaraderie. Ces jeunes hommes emplis des mêmes doutes sur eux-mêmes et sur leur capacité à, un jour, retrouver la vie extérieure sans retomber dans leurs travers, Kahn les filme au travail, en randonnée dans la montagne, en prière ou chantant des hymnes religieux un peu simplets en s’accompagnant à la guitare. Mais ce que cherche le cinéaste, ce n’est pas tant la grâce divine que le cheminement intérieur de ceux qui sont touchés par elle (ou se désespèrent de l’être un jour…).

C’est ce refus de tout jugement, de tout cynisme, qui séduit dans "La prière". De même que la réalisation, très sobre, à hauteur de ses personnages, pour laquelle a opté Cédric Kahn. Qui réussit le tour de force de rendre hommage au travail intérieur de ses personnages en lutte avec leurs failles sans tomber dans le prêchi-prêcha ou le béni-oui-oui. Comme en témoigne la fin du film, exemplaire d’intelligence et de droiture morale.


© IPM
Réalisation : Cédric Kahn. Scénario : Fanny Burdino, Samuel Doux et Cédric Kahn (d’après une idée originale d’Aude Walker). Photographie : Yves Cape. Montage : Laure Gardette. Avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Àlex Brendemühl, Louise Grinberg, Hanna Schygulla… 1 h 47.