Cinéma Une adaptation, très romanesque, du roman de Romain Gary.

L’un des moments de bravoure de "La promesse de l’aube", c’est cet incroyable récit où Romain Gary se met en scène dans un bombardier durant la Seconde Guerre mondiale, qu’il réussit à faire atterrir sur sa base anglaise en guidant à la voix le pilote, aveuglé durant sa mission sur les côtes françaises. Historiquement, cet épisode a évidemment été contesté. Mais qu’importe ! Dans le roman (publié en 1960), comme à l’écran, le romanesque l’emporte. Et l’on y décèle même tout ce qui fait le sel de la vie et l’œuvre de Romain Gary, où se mêlent sans cesse le vrai et le faux, le jeu sur les identités multiples…

Cette nouvelle adaptation de "La promesse de l’aube" (la seconde après celle de Jules Dassin en 1971) s’ouvre ainsi sur la jeunesse du petit Romain dans les années 20 à Wilno en Pologne (l’actuelle Vilnius en Lituanie). Pour gagner sa vie, sa mère, ancienne comédienne russe reconvertie en styliste, ouvre une boutique de mode. Et histoire de s’attirer une clientèle, elle n’hésite pas à engager un comédien français alcoolique sur le retour (Didier Bourdon) pour se faire passer pour un grand couturier parisien adoubant le travail de la jeune femme… Comment ne pas voir là, le goût de la mystification chez Roman Kacew, futur Romain Gary, qui, dès ses débuts d’écrivain en France, publia sous divers pseudonymes. Dont le plus connu est évidemment celui d’Emile Ajar (cf. ci-contre).

Avec "La promesse de l’aube", Eric Barbier se montre fidèle à ce sens de la mystification, du romanesque et du lyrisme. Jouant à fond la mise en abyme - le film est l’adaptation d’un livre qui, lui-même, est la mise en roman de l’existence mouvementée de Gary-, le cinéaste retrace avec panache le destin extraordinaire d’un enfant qui a été façonné par les ambitions folles de sa mère à son égard. Laquelle a élevé seule son fils pour en faire un ambassadeur de France, voire un président de la République !

L’autre axe du film, tout aussi important, c’est en effet cette incroyable histoire d’amour entre un jeune homme et sa mère. Pas question ici d’inceste évidemment, juste d’un amour inconditionnel entre une mère un peu folle et un fils qui fait tout pour satisfaire ses attentes. A commencer par celle d’aimer la France plus que tout, quitte à mourir en héros pour elle durant la Seconde Guerre mondiale. A l’écran, ce duo impossible ne peut tenir que grâce à deux grands comédiens. Barbier a trouvé le casting idéal avec Charlotte Gainsbourg et Pierre Niney, qui se sont tous deux mis au polonais pour le tournage et qui, surtout, ont accepté de s’abandonner totalement à leur rôle…

Sur ce terrain difficile du grand film d’aventures à la française - n’est pas Régis Wargnier qui veut -, on n’attendait sans doute pas Eric Barbier, connu jusqu’ici pour une série de petits polars plus ou moins réussis ("Le serpent", "Le dernier diamant"…). Mais en assumant pleinement cette ligne romanesque, le cinéaste rend un bel hommage au sens du récit flamboyant de Gary mais aussi à son style. Grâce à une sublime voix off lue par Pierre Niney, on profite en effet de toute la beauté de la langue de Gary. De quoi nous plonger dans la psyché d’un auteur torturé qui aura su faire de sa vie un roman… De quoi, surtout, donner envie de (re) lire "La vie devant soi".


© IPM
Réalisation : Eric Barbier. Scénario : Eric Barbier & Marie Eynard (d’après le roman de Romain Gary). Photographie: Glynn Speeckaert. Montage: Jennifer Augé. Avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon, Jean-Pierre Darroussin, Pawel Puchalski… 2 h 11.