La victoire de «Poulpe fiction»

Fernand Denis Publié le - Mis à jour le

Cinéma

C'est une tradition vieille de près de 50 ans, le premier samedi de l'année, les critiques de cinéma du pays se rassemblent pour attribuer le grand prix de l'UCC (Union de la critique de cinéma) au film qui a le mieux contribué au «rayonnement de l'art cinématographique» au cours des douze mois écoulés.

Celui-ci est désigné en trois temps. Primo, chaque critique établit sa liste des 10 meilleurs films de l'année afin d'obtenir un classement représentatif. Deuxio, cinq titres sont choisis parmi les vingt pellicules arrivées en tête. Tertio, au Stekerlapatte à Bruxelles, se déroule le dîner du grand prix selon un immuable rituel: chaque film est défendu par un avocat et entre les scrutins, les participants échangent leurs arguments.

Habituellement, la présélection propose des films venant des cinq coins du monde - les amateurs de fantastique sont nombreux -, mais la cuvée 2004 se résumait à un affrontement USA-Asie, à trois contre deux. Quoique! Si Lost in Translation est américain, l'action se déroule à Tokyo, soit le film consensuel par excellence, public et critique l'ont adoré. Astucieusement, son avocat, Steven Hamels («Gazet van Antwerpen»), adopta un profil bas, car l'UCC aime particulièrement utiliser son prix pour donner une seconde chance à un film passé trop inaperçu. De fait, Sofia Coppola fut la première éliminée.Grande première, ils furent deux à prendre la parole - Stéphane Eraly, le nouveau président de l'UCC, et Chris Craps, spécialiste de la critique poilante - pour défendre Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michael Gondry en parodiant «Le seigneur des anneaux» et «Bad Santa». Chris Craps a fait école car Louis Danvers («Le Vif») a, lui aussi, mis en scène sa plaidoirie de Old Boy en brandissant un poulpe. Il évoquait ainsi une scène choc du thriller de Park Chan-wook, dont il a souligné... l'appétit du réalisateur à se servir dans tous les genres, à fusionner le terrible et le drôle. Laure de Hesselle («Imagine») a fait l'éloge d' American Splendor, ce film original sans faire le malin. L'avocat d' Infernal Affairs étant défaillant, Christian Collin («Grand angle») l'a soutenu au pied levé, insistant sur cette course infernale entre deux personnages, dont l'un est l'ombre de l'autre.Les débats étaient lancés et de mémoire de membre de l'UCC - parmi lesquels de nombreux anciens dont Théodore Louis -, personne ne se souvenait d'avoir connu autant de tours de scrutin. Au moment du sprint final, «Eternal» et «Old Boy» se retrouvaient côte à côte. Le suspense était total. Est-ce un jeu qui fit la différence, lorsqu'un membre peu suspect d'aimer «Pulp Fiction» défendit ce poulpe fiction? «Old Boy» fut déclaré vainqueur, ce qui fait le deuxième réalisateur coréen à remporter le prix de l'UCC en trois ans. Im Kwon-taek fut, en effet, lauréat en 2003 avec «Ivre de femmes et de peinture».

«Old boy» est un choix à la fois logique - il offre une seconde chance à ce film de styliste qui en décoiffera plus d'un - et représentatif d'une année 2004 dominée dans toutes les catégories par des productions venues de Corée, de Chine ou du Japon.

© La Libre Belgique 2005

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