Cinéma Après un détour par la Russie, l’héroïne de Shakespeare revient au pays plus forte que jamais.

Un attrait du drame fameux de Shakespeare, c’est de se rendre compte que le personnage principal n’est pas celui du titre mais bien sa femme dévorée par l’ambition.

Avec "Lady Macbeth", cette ambiguïté est levée et le titre sonne comme un avertissement. Pourtant, il ne s’agit pas d’une adaptation très audacieuse de l’œuvre de Shakespeare mais bien d’un roman russe du XIX siècle "Lady Macbeth du district de Mtsensk", écrit par Nikolaï Leskov et qui inspirera Chostakovitch pour un opéra au siècle suivant.

En ramenant l’action en Angleterre, dans une atmosphère "haute et hurlevente", la dimension russe disparaît totalement. Katherine est une très jeune femme dont le mariage a été arrangé avec un petit noble de la région. Alors qu’elle attend patiemment dans sa chambre que commence la nuit de noces ; son mari finit par arriver, lui demande se déshabiller, la regarde et puis va se coucher.

Dans ce manoir glacial, elle est un objet, qu’on déplace d’une pièce à l’autre, suivant le bon vouloir de son époux et de son beau-père qui se détestent comme des notables bruxellois du MR. Dévorée par le désir, notre Lady, d’abord Chatterley, prend un amant, le vigoureux palefrenier du domaine. Comprenant qu’elle ne peut compter que ses propres forces, elle devient progressivement une Lady Macbeth.

C’est que ce titre impose inconsciemment le regard qu’on porte sur ce drame implacable, d’une intensité glaçante et d’une théâtralité assumée par son réalisateur, William Oldroyd venu des planches londoniennes.

Loin de la harpie traditionnelle, Florence Pugh ne joue pas de la séduction perverse comme Marion Cotillard dans le "Macbeth" de Justin Kurzel. Elle donne plutôt chair à l’étonnante montée en puissance d’un personnage qui, soumis à un traitement inhumain, se dépouille de son humanité pour sortir de sa prison, libérant au passage sa pulsion de pouvoir, notamment sexuel.

D’une certaine manière, le réalisateur William Oldroyd semble la suivre à la trace, se libérant de l’ascèse de son minimalisme théâtral original pour prendre la direction d’un cinéma de genre, limite gore.


© IPM
Réalisation : William Oldroyd. Scénario : Alice Birch d’après l’œuvre de Nikolai Leskov. Avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton… 1h29.